La fascinante et incroyable histoire vraie d’Ann Lee, fondatrice du culte religieux connu sous le nom de Shakers. Cette prophétesse passionnée, qui prêchait l’égalité entre les genres et la justice sociale et était adorée par ses fidèles.
Le Testament d’Ann Lee
Etats-Unis, 2025
De Mona Fastvold
Durée : 2h17
Sortie : 11/03/2026
Note : ![]()
LE MONDE EST À MOI
Et que ça saute. Le Testament d’Ann Lee ne perd pas de temps : dès le début il y a beaucoup de choses à l’écran, de personnages et de détails, et cela avant même que ne soit entonnée la première chanson. Le nouveau film de la réalisatrice Mona Fastvold n’est pas à proprement parler une comédie musicale car les chansons ne viennent pas remplacer les dialogues, dans un monde où tout le monde saurait danser spontanément. Il s’agit d’un film historique sur un groupe de personnages que leur foi religieuse pousse à des trances dansées et parfois chantées. Cela pourrait avoir l’air farfelu mais il s’agit d’une histoire vraie. Cela pourrait avoir l’air hilarant mais dans un premier temps, Le Testament d’Ann Lee manque paradoxalement de folie.
Fastvold a beau être norvégienne, son film donne l’impression de débuter avec un défaut très américain : la peur du vide et du silence, la peur de placer le spectateur en position d’attente. La voix off enfantine n’était sans doute pas indispensable face à des personnages qui expliquent déjà leur ressenti avec une aisance artificielle. Lors d’un instant quasi subliminal, ce commentaire off vient d’ailleurs se superposer comme un calque aux véritables dialogues de l’héroïne. C’est peut-être là le détail étrange, arbitrairement têtu, dont le film avait besoin pour déployer sa singularité. Viennent quelques notes d’humour inattendues (qu’Ann et ses amis se mettent à chanter à l’unisson et un figurant vient leur crier « oh mais vos gueules » en arrière plan) et voilà cette machine étonnante bel et bien lancée.
Quel regard Fastvold porte-t-elle sur cette héroïne à la Jeanne d’arc (a-t-elle un seul autre trait de personnalité hormis d’être indéboulonnable ?) et sur sa bande de fidèles béats qui, à force de ne jamais douter ou souffrir, ressemblent à une secte d’illuminés ? La réalisatrice s’offre le culot de répandre des points de suspension entre camp et gravité. Or, comme Ann Lee traversant les océans et fondant sa propre colonie bille en tête, le film est porté par un souffle romanesque auquel il est difficile de résister.
En faisant changer Ann Lee de continent, le film laisse avec bonheur de plus en plus de place au vide. D’abord en économisant dialogues et explications, mais aussi en laissant de plus en plus de place visuelle à la nature, jusqu’à évoquer comme un écho de folk horror. Le mystère de cette femme s’épaissit, et le film gagne au contraire en grâce. En faisant passer ce décor américain au premier plan, Fastvold l’Européenne nous rappelle que son précédent film The World to Come parlait déjà de la naissance d’un nouveau monde à bâtir. Le monde d’Ann Lee a beau être fait de chansons, la métaphore de doux fanatiques sûrs de leurs bonnes intentions au moment de conquérir un nouveau pays ne manque pas de modernité.
| Suivez Le Polyester sur Bluesky et Instagram ! |
par Gregory Coutaut
