Critique : Kika

Alors qu’elle est enceinte, Kika perd brutalement l’homme qu’elle aime. Complètement fauchée, elle en vient à vendre ses petites culottes, avant de tenter sa chance dans un métier… déconcertant. Investie dans cette activité dont elle ignore à peu près tout, Kika entame sa remontée vers la lumière.

Kika
Belgique, 2025
D’Alexe Poukine

Durée : 1h50

Sortie : 12/11/2025

Note :

TOUT EST DIT

Déjà autrice de plusieurs documentaires de qualité (Sans frapper, Sauve qui peut), la réalisatrice belge Alexe Poukine signe avec Kika son premier long métrage de fiction. Les clichés pourraient pousser à attendre qu’un.e. cinéaste venu.e du doc signe des fictions respectant avant tout le plus strict réalisme, mais les clichés sont là pour qu’on leur torde le cou, et celles et ceux qui ont eu la chance de voir les précédentes œuvres de Poukine savent qu’elle a le chic pour trouver des angles inattendus. Kika parle certes de la vraie vie, mais le fait avec une liberté de ton et un art réjouissant du contrepoint qui lui apporte à la fois épaisseur et fantaisie.

Tout démarre vite et fort. Dans le bureau où la protagoniste éponyme fait son travail d’assistante sociale, on stresse et on sourit dans un même geste. A coup de contraires éloquents, Poukine compose en quelques minutes un cocktail qui passe en une gorgée du tragique glaçant au burlesque qui fait franchement rire à voix haute, un mini tourbillon romanesque et tordu. Kika fait preuve d’une écriture vive aussi bien dans le rythme que dans la variété de tons employés, et la réussite de la recette en revient en partie à une utilisation osée des ellipses. La disparition progressive de ces dernières au fil du récit peut participer à donner l’impression que le point d’orgue de Kika se situe dans son électrisante première partie, mais ce que la suite du film a à proposer n’est pas franchement convenu non plus.

Poussée à devoir réinventer sa vie en urgence, Kika va trouver sa nouvelle voie, sans formule magique. Qui a vu Palma, court métrage de fiction réalisé par Poukine en 2020, aura l’impression de retrouver une protagoniste similaire, une jeune maman au bord de la fêlure intérieure mais pleine de ressources. De ses documentaires, la cinéaste conserve ici l’intérêt pour la dimension thérapeutique du jeu de rôles. Attachant et souvent imprévisible, le résultat parle des plaisirs du cul et de la douleur du deuil avec un mélange singulier de bouffonnerie et d’impudeur. S’il ne manque pas de variations, le film manque parfois de respirations et peut donner une impression de trop plein, mais cette sensation d’être pris dans une discussion intense et virevoltante avec une personne ivre et prompte à se livrer trop intimement (évoquant le drame néerlandais Donkey Days, découvert à Locarno) fait justement tout le charme et la personnalité de Kika . On ne sait pas toujours sur quel pied danser face à ce film : tant mieux.

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par Gregory Coutaut

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