Berlinale | Critique : Iván & Hadoum

Dans une serre au sud de l’Espagne, Iván tombe amoureux de sa nouvelle collègue, Hadoum. Mais sa promotion tant attendue interfère avec leur relation, forçant Iván à décider quel genre de personne il veut être.

Iván & Hadoum
Espagne, 2026
D’Ian de la Rosa

Durée : 1h40

Sortie : –

Note :

AU CARREFOUR

« On dirait que tu brilles ». C’est vrai qu’avec son sourire irrésistible, Iván a l’air du genre de mec que tout le monde aime bien : bon travailleur pour son patron, camarade fiable pour ses collègues, chaleureux tonton pour sa famille. Quand on lui dit « T’es bien comme ton père, tiens » ce n’est même pas une vanne. Pas de piège derrière ce charme naturel, Iván est vraiment juste un brave gars, prêt à désamorcer une agression raciste dont est victime un soir sa collègue marocaine Hadoum. Quand l’agresseur l’envoie paître en le traitant d’hybride, on ne comprend pas forcément tout de suite de quoi il est question. La réponse vient un peu plus tard, avec une discrétion épatante : Iván est trans. Autour de lui nul de l’ignore et nul n’a de problème avec ça.

Tous deux employés (mais pas au même niveau hiérarchique) dans l’une des nombreuses serres produisant des fruits et des légumes à longueur d’année au sud de l’Espagne, Hadoum et Iván se rapprochent et se séduisent, sans secret l’un pour l’autre ni pour leur entourage. La transidentité d’Iván n’est jamais un enjeu dans cette relation, ni vraiment dans le reste du film d’ailleurs, mais cela ne veut pas dire non plus qu’elle est gommée. Ce personnage n’est ni fétichisé, ni dé-sexualisé. Lui-même trans, le réalisateur espagnol Ian de la Rosa (coscénariste de la série Veneno, et primé à Cinéfondation en 2015 avec son court Victor XX) sait de quoi il parle et sait doser désamorçages rafraîchissants et rapprochements des corps le moment venu.

Ce n’est pas la transidentité d’Iván qui transforme cette romance en caillou dans la chaussure de tout leur entourage. C’est un peu la nationalité d’Hamoud et beaucoup le fait qu’elle est syndicaliste en opposition à sa hiérarchie, dans laquelle Iván a justement une place qui l’attend s’il joue bien ses cartes. Quand la serre est rachetée et qu’une vague de licenciements est prévue, Iván doit faire face à un dilemme : défendre Hamoud et lutter à ses côtés ou bien prendre le parti de son patron et accepter la coquette somme dont sa famille aurait bien besoin ?

Comme dans bien des films souhaitant rester au plus proche de l’humanité des personnages, la caméra d’Ian de la Rosa n’ose pas assez s’éloigner de ses acteurs, mais après tout pourquoi s’en priver puisque Silver Chicón, plus connu sous son nom de drag king Prinx Silver, est fort convaincant de le rôle principal ? Ce film gorgé de soleil ne fait sans doute pas preuve de beaucoup d’ambition visuelle, mais cela ne doit pas faire oublier qu’il choisit de nous amener à un carrefour pas si fréquenté que ça : celui du cinéma social et de la romance, sans que le sérieux investi de l’un nuise à la charmante légèreté de l’autre.

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par Gregory Coutaut

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