Violeta et Eva rendent visite chaque été à leur père Vicente, à la fois aimant et téméraire. Il crée un monde merveilleux mais, derrière la façade enjouée, lutte contre l’addiction qui érode progressivement la magie. Vicente essaie de réparer les erreurs du passé, mais les plaies ne sont pas faciles à refermer.
In the Summers
Etats-Unis, 2024
De Alessandra Lacorazza
Durée : 1h38
Sortie : 09/07/2025
Note : ![]()
LE RENDEZ-VOUS DE L’ÉTÉ
L’Américaine Alessandra Lacorazza (lire notre entretien) a frappé un grand coup avec son premier long métrage, In the Summers, qui a remporté le Grand Prix au Festival de Sundance l’an passé (doublé d’un prix de la mise en scène) avant, quelques mois plus tard, d’être également sacré au Festival de Deauville. « Frapper un grand coup » – voilà en réalité des termes musclés qui ne semblent pas vraiment coller à In the Summers, film qui à première vue est à petite échelle, tout en non-dit et subtilité. Mais cela n’empêche pas le long métrage de la cinéaste d’être ambitieux : sa délicatesse et son émotion en sourdine se déploient de manière inattendue.
Dans les premiers instants d’In the Summers, on voit un homme ranger minutieusement sa maison, comme s’il attendait des invités. De fait, c’est un père qui, l’été, va accueillir ses filles ; un gaillard (joué par le rappeur portoricain Residente) qui semble pourtant fébrile physiquement. Les gamines entrent dans la maison avec l’émerveillement propre à la (re)découverte d’une demeure inhabituelle, même si cette maison peut ressembler à toutes les maisons. La sortie à la fête foraine, l’étourdissement des manèges, les parties de billards, les jeux potaches avec la nourriture : une famille comme les autres familles. Mais un coup de volant de travers semble suffire pour que cette famille fragile atterrisse dans le caniveau.
En quelques chapitres, Alessandra Lacorazza dessine une ample histoire familiale. Le choix acrobatique des sauts temporels entre les différents segments du film donne une précieuse singularité à In the Summers. Voici ce que l’on nous raconte, tout ce que l’on voit à l’image, tout ce que les protagonistes peuvent se dire. Mais voici également tout ce que l’on ne voit pas, tout ce qui n’a pas été dit mais semble pourtant entendu, toute la distance qui est suggérée : tout ce que la cinéaste parvient à raconter à travers ses ellipses. Les liens peuvent être tendres et sont abimés ; la structure épisodique forme un poignant moteur narratif en examinant ce qui se répète, et ce qui échoue.
La sortie de route crainte, attendue, arrive. Les retours à la maison se suivent en boucle. Parfois une différence s’invite, d’un segment à l’autre. Alessandra Lacorazza raconte la famille de manière désenchantée, mais ne met pas de côté la chaleur humaine qui peut lier ses membres. L’amertume s’est installée, et ce lien censé être naturel reste profondément étrange. Les nouvelles prises par un père au sujet de ses filles deviennent un simple small talk. Avec finesse, Lacorazza filme ses protagonistes comme proches et étrangers. Dans les relations père-filles, dans le portrait familial un peu cassé, voilà ce qui a foiré, ce qu’on essaie de faire marcher – et la vie est ainsi.
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par Nicolas Bardot
