Vincent travaille au sein d’une équipe de nuit sur le chantier de Grand Ciel, un nouveau quartier futuriste. Lorsqu’un ouvrier disparaît, Vincent et ses collègues suspectent leur hiérarchie d’avoir dissimulé son accident. Mais bientôt un autre ouvrier disparait.
Grand ciel
France, 2025
De Akihiro Hata
Durée : 1h31
Sortie : 21/01/2026
Note : ![]()
ENTRE LE CIEL ET L’ENFER
Grand ciel désigne un « quartier intelligent » qui n’est encore qu’un projet en construction. Grand ciel est une cité du futur, cela pourrait presque être une vision de science-fiction, en tout cas ce quartier n’est visible que si l’on enfile un casque de VR sur la tête. Voilà le futur idéal déjà dessiné, mais en attendant, les protagonistes du premier long métrage réalisé par le Japonais Akihiro Hata doivent descendre profondément sous terre, comme des mineurs d’un temps révolu. Le film débute sur un chantier où s’affairent des ouvriers, on en entend les sons avant de distinguer des silhouettes ou des visages.
Ce monde glacial de béton et de néons pourrait être un décor de clubbing, mais c’est le monde du travail dans tout ce qu’il peut avoir de plus ingrat et épuisant. Cette nuit à la fois noire et lumineuse est saisie avec un minimalisme efficace par Akihiro Hata et son directeur de la photographie David Chizallet (qui a entre autres collaboré avec le Chinois Bi Gan). L’atmosphère industrielle et fantomatique a quelque chose de Kiyoshi Kurosawa, qui ne renierait pas cette idée selon laquelle l’inquiétude peut venir de simples fissures dans le ciment. L’épure laisse aller et venir doutes et suspicions dans ce slowburner qui sait prendre son temps.
« Si ils sont pas contents, ils rentrent chez eux » : c’est en ces termes fleuris que sont accueillies les réserves d’ouvriers sur leurs conditions de travail. Akihiro Hata signe un drame social à la fois très concret et à l’efficace pouvoir allégorique sur une main d’oeuvre méprisée, exploitée et avalée. Cette perspective fantastique donne une singularité à Grand ciel mais c’est bel et bien la brutalité réelle du monde du travail et du libéralisme qui sont dépeints. L’histoire de sans papiers, de sans noms, des invisibles, remplaçables à volonté sur de grands chantiers et dans ce monde perpétuellement nocturne. Dévoilé à la Mostra de Venise dans la section Orizzonti, Grand ciel, porté par un très bon casting, est une découverte à la fois humble et prometteuse.
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par Nicolas Bardot
