Festival de Sarajevo | Critique : God Will Not Help

Le quotidien d’une communauté montagnarde traditionnelle est bouleversé lorsqu’une mystérieuse femme étrangère arrive en prétendant être la femme d’un homme qui les a quittés il y a de nombreuses années.

God Will Not Help
Croatie, 2025
De Hana Jušić

Durée : 2h17

Sortie : –

Note :

DIEU SEUL NOUS VOIT

Une peinture menaçante avec un prêtre tenu par des démons, une prière inquiète, une nuit orageuse : God Will Not Help de la Croate Hana Jušić​​ s’ouvre comme un tempétueux film d’horreur. Mais il serait injuste de limiter ce surprenant long métrage à une seule case : God Will Not Help porte en lui une tension fantastique, certes, mais c’est aussi une fable féministe, une chronique contemplative et en costumes, sans qu’aucun de ces registres ne se contredise. L’héroïne, Teresa (incarnée de manière convaincante par la réalisatrice de Chili 1976, Manuela Martelli), est une femme chilienne qui a fait un voyage immense jusqu’au cœur perdu de l’Europe, quittant un bout du monde pour un autre. Nous sommes au début du XXe siècle mais l’époque reste floue – et beaucoup de choses dans God Will Not Help demeurent indicibles.

Teresa arrive dans une petite communauté croate, annonçant être la veuve d’un gars du coin. Annoncer est un grand mot car personne ne se comprend, et il faudra apprivoiser un langage secret pour communiquer dans God Will Not Help – ce que le film raconte sur la communication donne lieu à de très belles scènes. Chacun.e parle dans sa langue, on montre une gravure pour illustrer ce qu’on dit, mais l’enjeu du film est peu à peu déplacé : ce n’est pas la stricte véracité de ce que raconte la veuve qui prime mais plutôt la manière dont deux femmes laissées seules au monde vont devoir reconstruire leur vie bien qu’elles ne parlent pas la même langue. Laquelle ressemble le plus à une sorcière ? Celle qui débarque en pleine nuit vêtue de noir et l’air très sûre d’elle, ou bien celle qui vit seule dans une chaumière abandonnée en pleine foret ?

Le décor est ample, la caméra panote sur une nature balayée par le vent, les belles compositions du cadre apportent un souffle à l’histoire, et au cœur de l’image : cette silhouette noire dans ces grands espaces, qui sert d’élément révélateur. D’une communauté, de la violence des hommes, de ce qui hante les bois. Le travail d’Hana Jušić​​ rappelle la folk horror du duo autrichien Veronika Franz et Severin Fiala sur The Devil’s Bath, où les motifs horrifiques viennent exprimer les intenses reliefs du drame. God Will Not Help devient plus terre-à-terre lorsque les personnages masculins arrivent à l’écran, et sa durée (2h17) est un pari qui ne nous semble pas complètement tenu. Mais voilà du cinéma avec un point de vue, visuellement ambitieux, au ton surprenant entre douceur et brutalité, habile dans ses ruptures et digressions, et qui a cette qualité assez rare et gratifiante d’aller exactement où il le souhaite.

| Suivez Le Polyester sur BlueskyFacebook et Instagram ! |

par Nicolas Bardot

Partagez cet article