Les fantômes sont partout à Kamaishi. Cette petite cité côtière a été dévastée par le tsunami en 2011 et les habitant·e·s qui ont choisi de rester sont hanté·e·s par le drame. Parés de caméras, les taxis de la ville se transforment en confessionnaux mobiles où, au cours d’une nuit, il est possible de rencontrer les vivant·e·s et les fantômes qui peuplent leur quotidien.
Ghost Town
Royaume-Uni, 2026
De Katharine Round
Durée : 1h02
Sortie : –
Note : ![]()
REPRENDRE SES ESPRITS
Plus d’un millier de personnes ont disparu à Kamaishi lors du séisme puis du tsunami en 2011. Disparu, et pourtant toujours là : leur absence est notable dans la ville, mais les histoires de fantômes s’enchainent dans les taxis où se déroule le long métrage de la Britannique Katharine Round, dévoilé en première mondiale au Festival Visions du Réel. On raconte des récits de fantômes serrés dans une cabine téléphonique, des voix qui semblent venir d’une voiture pourtant vide, des âmes flottantes qui brillent dans l’eau, ou de fantômes qui peuplent les rêves. Réelles ou fantasmées, les apparitions entretiennent le lien du souvenir et le lien avec les mort.es.
Le dispositif simple mis en place par la cinéaste (des taxis, une caméra, un échange entre client.e et chauffeur) permet une multitude de récits et expériences. La tête sur la dentelle délicate des taxis japonais, on se confie sur tout ou sur rien, on se pose aussi des questions existentielles. Les biches qui se promènent parmi les tombes sont-elles des messagères de Dieu, ou des réincarnations ? On assiste parfois à des témoignages de rescapé.es, et à leurs souvenirs parfois triviaux (j’ai oublié mon plat dans le freezer), parfois terrifiants. L’alerte tsunami retentit, ce n’est qu’un test, mais elle résonne comme un écho à la catastrophe d’hier.
Kamaishi est largement filmée dans la nuit. Un soin particulier est apporté à la lumière dans ce film nocturne. Quelques rayons dans une ville transformée, quittée en masse par ses jeunes. « Tout a changé, c’est une ville fantôme », entend-on dès le début de court film (1h02). Plus tard, en un cut un peu brutal, la passagère d’un taxi disparaît, filmée elle aussi, consciemment ou inconsciemment, comme un fantôme de passage. Katharine Round examine avec délicatesse le recueillement spirituel, la tristesse et la consolation aussi. Et donne à voir, comme dans les derniers instants émouvants du film, un décor désormais paisible, et ce qu’il porte en lui d’invisible.
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par Nicolas Bardot
