Festival de Karlovy Vary | Critique : Fruit Gathering

Deux jeunes femmes au Myanmar vivent des existences oppressantes. Travaillant dans une usine de textile à Yangon, elles font face à un travail épuisant, à la répression sociale et à l’incertitude économique. Bien que le rythme harassant de la vie quotidienne étouffe les liens humains, les deux femmes continuent de rêver d’intimité et d’évasion. 

Fruit Gathering
Myanmar, 2026
De Aung Phyoe​​

Durée : 1h37

Sortie : –

Note :

FRUIT DÉFENDU

C’est par une journée de travail comme les autres que débute Fruit Gathering, dévoilé en première mondiale dans la compétition du Festival de Karlovy Vary. Soit un trajet en camionnette, des alignements de machines à coudre, une supérieure hiérarchique qui met la pression sur ses ouvrières. La journée s’achève en attendant qu’une nouvelle arrive. Origine du Myanmar, Aung Phyoe, remarqué avec quelques courts métrages (dont Cobalt Blue, passé par Locarno), signe ici son premier long et dépeint en quelques courtes scènes ce qui semble rythmer pour toujours le quotidien de la jeune San Kyi. Mais existe-t-il un moyen d’échapper à cette routine aliénante ?

Parmi les mangues et les fleurs, Aung Phyoe narre en effet des vies modestes et des conditions difficiles. La peur de perdre son emploi paralyse l’héroïne, et les règles oppressives sont installées jusque dans la famille. De manière chaleureuse, Fruit Gathering raconte comment l’entraide (et ici l’entraide féminine) constitue un moyen de court-circuiter la brutalité du système capitaliste. Du moins, en partie. Il y a de la beauté dans ce monde, et c’est aussi ce qu’exprime la mise en scène élégante d’Aung Phyoe, avec un travail expressif sur la lumière, un traitement exquis des couleurs et une composition sensible du cadre.

La coquetterie formelle ne vient pas édulcorer le propos. La silhouette fragile de San Kyi tente de se frayer un chemin mais la pauvreté peut abîmer les humains et les cauchemars ont tôt fait de rattraper l’héroïne. Jusqu’où peut-on s’éteindre dans une société qui laisse si peu de place aux individus ? Fruit Gathering dessine petit à petit une piste que l’on ne dévoilera pas, là encore entravée, mais le cinéaste a la bonne idée d’entrouvrir une porte. On parle régulièrement de partir dans Fruit Gathering, quelque part avec plus d’opportunités en Asie du Sud-Est. Aller à rebours de ce qu’attend la société, droit dans les marges, peut également être un refuge. C’est ce que suggère le dénouement de cette petite réussite qui tire parti de son humilité.

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par Nicolas Bardot

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