Berlinale | Critique : Four Minus Three

Barbara et Heli sont clowns professionels et vivent un quotidien joyeux avec leurs deux enfants. Lorsque Heli et les enfants périssent dans un accident de voiture, la foi de Barbara en l’humour et l’espoir est mise à rude épreuve.

Four Minus Three
Autriche, 2026
D’Adrian Goiginger

Durée : 2h01

Sortie : –

Note :

LAISSE PLEURER LE CLOWN

C’est l’histoire d’une femme clown dont toute la famille meurt dans un accident de voiture. Un tel pitch aurait de quoi faire ronronner d’avance les amateurs du cinéma autrichien le plus délicieusement cruel, mais Adrian Goiginger ne suit pas du tout les pas d’Ulrich Seidl et de ses autres compatriotes grinçants. En dépit de son titre à la factualité glaçante (on a hâte de voir si les éventuels distributeurs français auront le courage de respecter ce titre original : quatre moins trois) se trouve en réalité un mélodrame facile d’accès.

Le cinéma autrichien était représenté dans toute sa diversité cette année à la Berlinale, de la farce horrifique The Blood Countess à la reconstitution glaçante de Rose en passant par le documentaire mordant Wax & Gold. S’il fallait à tout prix trouver une corrélation, on placerait plutôt Four Minus Three aux cotés du chaleureux The Loneliest Man in Town. Le temps d’une séquence placée presque en ouverture, l’héroïne en panique et réalisant la situation essaye en vain de joindre son mari au téléphone mais ne tombe que sur son message de répondeur disant « laissez un message après le prout » (suivi d’un bruit de prout, bien entendu). Le mélange de ton incroyablement culotté ici à l’œuvre fait de cette scène la meilleure du film. Mais c’est aussi une exception, car contrairement Tizza Covi & Rainer Frimmel, Goiginger chercher moins à mélanger harmonieusement les contraires qu’à les opposer franchement.

A coup de flashbacks, Four Minus Three fait donc un va-et-vient entre le présent de Barbara et son passé. De clown en deuil déboussolée par la douleur, elle passe donc à apprentie pleine d’espoir au seuil d’une romance naissante. Le présent est filmé en bleu gris, le passé en jaune chaleureux (inclure ici le gif de Meryl Streep disant Groundbreaking). Four Minus Three est adapté d’une histoire vraie et plus précisément d’une biographie à succès. C’est sans doute par fidélité envers celles-ci qu’on été intégrées toutes ces scènes passées mais elles représentent hélas la partie la moins inspirée du film. Elles ont cependant le mérite de mettre en relief le reste du long métrage, et la manière dont les lourds violons de ses souvenirs sont très abruptement interrompus par une nouvelle mauvaise nouvelle est paradoxalement rafraichissante.

Récit d’espoir et de résiliation qui ne cache pas la douleur sous le tapis, Four Minus Three laisse de plus en plus de place à la bienveillance à mesure qu’approche son dénouement. En chemin, le film fait le choix de ne pas toujours enlever les cailloux qu’il a dans ses chaussures et tant mieux, car c’est lors de ses détours inattendus qu’il fait le plus preuve de personnalité : une mamie pieuse qui parle déjà d’enfer à peine le décès annoncé, une conversation absurde pour trancher si les clowns d’hôpitaux méritent le respect, les paroles naïves d’une chanson d’enfant faussement réconfortante. Au cœur du film, l’actrice Valerie Pachner (vue dans The Ground Beneath My Feet et Une vie cachée) fait merveille pour en traduire les nuances contrastées.

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par Gregory Coutaut

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