Une année à Berlin : Léonie arpente la ville et lit les textes d’Anna Maria Ortese. Elle cherche aussi à relier les fils narratifs de sa propre vie.
Foreign Travel
Allemagne, 2026
De Ted Fendt
Durée : 1h03
Sortie : –
Note : ![]()
UNE CARTE D’EUROPE
Au cinéma, certaines images sont parfois immédiatement révélatrices de la nationalité de leurs cinéastes : un cadrage en voiture typiquement iranien, une symétrie toute autrichienne ou bien une élégante retenue scandinave… Foreign Travel, présenté dans la section Forum de la Berlinale, début avec ce qui est presque un trompe l’œil : face à ces images tournées en 16 mm au grain épais et joliment désuet, on se croirait presque devant du cinéma d’auteur portugais contemporain. Cette impression se poursuit un peu lorsque les personnages entament des discussions parfois hautement philosophiques, mais ces échanges mi-factuels mi- ésotériques dits avec la plus grande réserve évoquent aussi bien une formule à la Angela Schanelec. Foreign Travel a beau se dérouler uniquement à Berlin, sous quelle latitude nous trouvons nous exactement ?
Ted Fendt n’est pas Européen mais Américain, installé en Allemagne. On le retrouve ici à peu près là où il nous avait laissé avec son précédent long métrage (le très prometteur Les Bruits du dehors) : c’est à dire parmi des jeunes gens qui, malgré un solide ancrage intellectuel, errent gentiment à la dérive dans leurs propres vies. Les héroïnes des bruits du dehors voyageaient à travers l’Europe, les voyages des protagonistes de Foreign Travel sont quant à eux immobiles. Léonie, qui se remet d’une rupture, Alejo, qui n’a plus les moyens de vivre dans sa ville natale de Buenos Aires, Hanna et Florian font partie du même club de lecture. Plus que des élans d’amitiés chaleureuses, ils échangent des considérations parfois assez ardues sur ce qu’ils lisent en ce moment : Anna Maria Ortese, autrice italienne néoréaliste dont la légende dit qu’elle a elle-même vécu dans 36 lieux différents en l’espace de seize ans.
A la recherche d’on ne sait quelle réponse, Léonie s’obsède pour cette œuvre, allant comme une vraie nerd jusqu’à lire et comparer différentes traductions dans le texte (Foreign Travel est multilingue) et, dans un basculement de la fiction vers le réel, aller prendre le thé chez la vraie traductrice allemande d’Ortese qui joue ici son propre rôle. La solitude des personnages des Bruits du dehors était rendue attachante par leur jeunesse, les hipsters propres sur eux qui prennent ici leur place s’avèrent un tantinet agaçant et leurs décorticages artistiques poussent le bouchon parfois bien loin. Pourtant, Ted Fendt bâtît autour d’eux un charmant cocon mélancolique au milieu des parcs et cafés berlinois. C’est comme si, le temps de ce film tout court d’une heure à peine, il nous offrait à nous plutôt qu’à ses personnages, un nid invitant où enfin se poser et méditer.
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par Gregory Coutaut
