Festival de Locarno | Critique : Folichonneries

Ensemble depuis 16 ans et parents de deux enfants, François et Julie ne parviennent plus à établir de lien intime. Il et elle décident d’ouvrir leur couple pour se livrer à des aventures sexuelles qui leur permettront d’en apprendre davantage sur leurs propres désirs.

Folichonneries
Canada, 2025
De Eric K. Boulianne

Durée : 1h41

Sortie : –

Note :

LOVE STREAMS

Peut-on décemment se faire bouffer le cul en temps de conflits mondiaux, de désastre climatique et de montée généralisée du fascisme ? Et quid de la vaginite ? C’est par ces questionnements fondamentaux en angoissés que s’ouvre Folichonneries, comédie réalisée par le Canadien Eric K. Boulianne. On a pu découvrir Eric K. Boulianne notamment en tant que scénariste sur le réjouissant On dirait la planète Mars, comédie à la fois absurde et existentielle où le rire laissait une place à la tristesse et au malaise. Voilà des mots que l’on pourrait employer à l’identique pour Folichonneries, mais à la place des considérations d’astronautes, ce sont de simples questionnements sur l’amour et le cul qui animent les protagonistes. Simples ? Pas si sûr.

Dès cette première scène et cette discussion entre ami.es où les langues se délient, Eric K. Boulianne mesure l’écart entre ce qui est dit, non-dit, trop dit ou informulé. C’est un efficace moteur de comédie que l’on retrouve plus tard dans le film, c’est aussi une manière d’explorer en profondeur les doutes qui creusent ses personnages. Ensemble depuis une quinzaine d’années, François et Julie décident de vivre en couple libre, ce qui visiblement reste encore relativement inédit pour un couple hétéro – et donc forcément compliqué. La comédie aime les embûches et Folichonneries parvient à être vraiment drôle par son sens du saugrenu (comment baiser sur du reggae ? Quel est le moment le plus opportun pour manger une poutine dans un club à cul ?) et le film réussit par ailleurs là où la plupart des comédies échouent laborieusement : rendre les enfants drôles.

Le dénouement de Folichonneries, à notre sens, arrondit un peu trop les angles, le film trouve une conclusion « satisfaisante » mais un peu scolaire. Mais avant cela, Folichonneries parvient à se distinguer. D’abord en prenant au sérieux un sujet fun, tout en apportant du fun à un sujet sérieux (le film retranscrit assez bien le ridicule et la maladresse propres aux plans culs et au cruising, même quand ceux-ci sont pensés comme les plus fancy possibles). Qu’est-ce qui, dans cette nouveauté, rapproche François et Julie, mais aussi qu’est-ce qui les éloigne ? Le film, à cet égard et vu son sujet, est moins gras que beaucoup de comédies ou films d’auteurs québécois qu’on a pu voir ces dernières années. Il trouve un ancrage particulier grâce à son acteur principal, qui est aussi le cinéaste lui-même : par sa présence et sa nature, par son physique qui n’est pas nécessairement celui attendu pour un film sur le marché de la baise, par son body language qui semble synthétiser et exprimer les réflexions et problématiques de Folichonneries.

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par Nicolas Bardot

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