Festival de Locarno | Critique : Don’t Let the Sun

Il fait toujours plus chaud. Les gens se tournent vers d’étranges formes de solitude. C’est là que Jonah, 28 ans, réconforte des inconnu·e·s. Mais lorsqu’il se retrouve dans le rôle de père pour Nika, 9 ans, sa vie prend une autre tournure. Un drame délicat sur la fragilité des relations humaines.

Don’t Let the Sun
Suisse, 2025
De Jacqueline Zünd

Durée : 1h40

Sortie : –

Note :

LA VIE LA NUIT

Sélectionnée à Locarno en section Cinéastes du présent, la réalisatrice suisse Jacqueline Zünd n’est pas une inconnue. Ses films documentaires lui ont d’ores et déjà valu des sélections et des prix dans de nombreux grands festivals, de Visions du Réel à la Berlinale. Don’t Let the Sun est en réalité son premier long métrage de fiction, et même de science-fiction pour être exact. L’action se déroule dans un avenir proche où le réchauffement climatique pousse les humains à dormir cloitrés chez eux dès le lever du soleil et à sortir vivre à la nuit tombée. Tout en conservant un minimalisme réaliste, Zünd pousse l’imagination plus loin encore : dans cette société, il est possible d’engager des personnes pour interpréter momentanément des proches disparus. Telle est la profession de Jonah, engagé pour servir de simili-papa à Nika, 9 ans.

L’un des films précédents de Zünd, Where We Belong, parvenait à capter un peu de la vie presque secrète qui anime les enfants quand ils ne sont pas dans l’ombre des adultes. Or, étonnamment, le personnage de Nika n’est pas l’aspect le plus réussi de Don’t Let the Sun. La faute en revient surtout aux dialogues, trop analytiques et artificiels pour sonner juste, a fortiori chez une gamine si précoce soit-elle. Dès que le face-à-face Jonah/Nika se fait taiseux, cela fonctionne mieux. Cela tombe bien, ce drame familial se paye le luxe de se passer de dialogues dans sa majeure partie.

C’est en effet dans la contemplation que Don’t Let the Sun séduit. Quand la caméra explore des décors urbains vidés, quand elle imagine des nouveaux rituels sociaux en formes de vignettes poétiques (une réunion silencieuse entre Fight Club et un ballet clandestin), ou encore quand elle suit ses acteurs réduits au silence. Face à la discrète Karidja Touré (Bande de filles), l’acteur et danseur géorgien Levan Gelbakhiani (révélé par Et puis nous danserons) apporte un certain mystère rien que par sa manière d’avoir l’air assommé de chaleur. Le film pourrait se permettre un peu plus d’ambition et d’imagination, notamment dans son dénouement, mais l’ensemble charrie une mélancolie élégante et touchante.

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par Gregory Coutaut

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