Festival de Karlovy Vary | Critique : Don’t Call Me Mama

Eva est une enseignante populaire, mariée au maire local. Bien qu’il ait trahi sa confiance, elle prévoit tout de même de soutenir sa campagne électorale, et elle commence donc à faire du bénévolat dans un centre pour réfugiés local. Là, elle se rapproche d’Amir, un réfugié de dix-huit ans qui la charme avec ses talents poétiques. Mais plus ils se rapprochent, moins elle a de contrôle sur la situation.

Don’t Call Me Mama
Norvège, 2025
De Nina Knag

Durée : 1h48

Sortie : –

Note :

C’EST ELLE QU’ON APPELLE MAMAN

Nina n’est ni riche à millions ni vraiment à plaindre financièrement : ce n’est pas son métier d’enseignante qui pourrait lui permettre de rouler sur l’or, mais elle est la femme du maire et cela lui confère tout de même un certain privilège, fut-il inconscient. Lorsque, pour soutenir la campagne électorale de son époux, Nina décide de faire figure d’exemple en donnant des cours d’intégration à des réfugiés, sa sincérité de fait aucun doute. Puis, lorsqu’elle décide de pousser l’accueil encore plus loin et de loger chez elle Amir, un jeune syrien de 18 ans, elle n’a que de simples questions de confort à se poser.

Amir sait-il nager ? Sait-il faire du vélo ? Ecrire une lettre de motivation ou même bien articuler ces satanés mots norvégiens ? On ignore si Nina accepterait de se faire appeler « maman » (la phrase du titre n’est pas prononcée telle qu’elle dans le film) mais elle se comporte comme une mère sans même sans rendre compte. Jusqu’à un certain moment où le lien qu’elle tisse avec Amir devient bien plus intime. Ces nouveaux amants ne sont pas naïfs et c’est là l’une des réussites de ce scénario : respecter l’intelligence de ses protagonistes. Ils ont beau se convaincre qu’ils maitrisent la situation, ils ne sont pas dupes des risques que leur font encourir leur rapport hiérarchique, leur différence d’âge et surtout le statut politique en suspens d’Amir.

Ce récit rappellera des souvenirs bien familiers à qui a vu il y a quelques années le drame danois Queen of Hearts ou bien le remake français qu’en a tiré Catherine Breillat : L’Été dernier. Cependant, là où ces deux exemples tiraient leur force d’une certaine cruauté, Don’t Call Me Mama privilégie un ton plus accueillant. Pour son premier long métrage, la cinéaste norvégienne Nina Knag privilégie le portrait nuancé de ses personnages au délicieux malaise de l’ambiguïté morale, ce qui rend le résultat un peu plus lisse mais aussi plus facile d’accès. Ancienne directrice de casting, la réalisatrice a su s’entourer d’interprètes d’exception. Pia Tjelta vient d’ailleurs de remporter un très mérité prix d’interprétation au Festival de Karlovy Vary.

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par Gregory Coutaut

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