Festival de Varsovie | Critique : Anniversary

Lorsque le fils d’Ellen et Paul leur présente sa nouvelle petite amie, personne ne soupçonne que ce sera le début de la fin pour cette famille heureuse. La nouvelle petite amie est une ancienne étudiante d’Ellen, expulsée de l’université quelques années auparavant pour ses opinions radicales. Son apparence charmante cache une grande ambition, mais aucun scrupule. À chaque anniversaire successif, son influence sur la famille devient de plus en plus forte et destructrice, et la nouvelle idéologie qu’elle promeut, appelée « Le Changement », gagne de plus en plus de visibilité.

Anniversary
Etats-Unis, 2025
De Jan Komasa

Duréee : 1h52

Sortie : –

Note :

C’EST AU PROGRAMME

Ellen (Diane Lane), professeur de sociologie, et son mari Paul fêtent leur anniversaire de mariage entourés de leurs enfants déjà adultes et de nombreux amis. La réception organisée dans l’élégant jardin familial a l’air de sortir d’un catalogue de décoration, mais la jeune femme qui va servir d’élément perturbateur a quant à elle carrément l’air de sortir de l’usine des Stepford Wives. Nouvelle fiancée du fiston, Liz n’est pas une inconnue pour Ellen, il s’agit d’une de ses anciennes élèves, renvoyée de la fac pour avoir propagé des idées politiques dangereuses. Le benêt de fils n’y voit que du feu mais Ellen et ses filles réalisent vite que l’obsession de Liz pour les jolies manières cache mal un arrivisme machiavélique.

L’une des filles d’Ellen étudie le comportement des virus, mais le scénario a le bon sens de ne pas appuyer sur cette métaphore superflue. Après tout, Anniversary commence justement par une scène où Ellen s’adresse à sa classe en disant « ça ne vous rappelle pas l’Amérique d’aujourd’hui ? ». Inutile de surligner davantage le parallèle déjà flagrant entre la manière dont le programme politique de Liz va contaminer tout le monde et la situation politique actuelle, aux Etats-Unis comme ailleurs. La parabole a beau être universelle, on peut s’interroger sur la logique qu’il y a à ce qu’un tel projet atterrisse entre les mains d’un cinéaste européen faisant ses premiers pas outre-Atlantique. Révélé internationalement il y a six ans avec La communion (nommé aux Oscar et aux César), le Polonais Jan Komasa a une double rentrée anglophone puisqu’Anniversary fait cette semaine l’ouverture du Festival de Varsovie quelques semaines après que Good Boy (un antre récit d’emprise morale) a fait sa première à Toronto.

Les idées politiques de Liz, quelles sont elles ? Le petit culot du scénario, coécrit par Komasa et l’Américaine Lori Rosene-Gambino, est justement de nous maintenir dans l’ignorance. Les mots « droite » ou « gauche » ne sont jamais prononcés dans le film, tout juste parle-t-on d’idées « anti démocratiques ». Est-ce pour éviter les parallèles trop grossiers ou pour éviter de froisser qui que ce soit ? La métaphore du fascisme (encore un mot jamais prononcé), accompagné de ses potes habituels le capitalisme, l’obsession sécuritaire et l’appui des forces armées, est pourtant si flagrante que l’on pourrait s’attendre à ce que le film appelle un chat un chat. Cela d’autant plus qu’Anniversary n’a pas peur de se diriger, à coups d’ellipses efficaces, vers une vraie noirceur pessimiste à grande échelle, paradoxalement rafraichissante d’honnêteté dans un contexte américain.

Drame familial et film à suspens à la fois, Anniversary se situe dans un va-et-vient entre férocité politique et un habillage un peu trop lisse : l’image sans grand relief et la multiplicité des personnages secondaires laissent imaginer que le projet aurait sans doute pu être une série télé. C’est quand le film s’approche le plus de la frontière du grotesque qu’il trouve finalement son relief le plus étonnant et plaisant : lors de la première arrivée de Liz à l’écran, filmée avec un effet proche du fish eye qui la transforme presque en créature déformée, ou dans le potentiel camp de cet affrontement entre belle-mère et belle-fille. Faut-il également voir un clin d’oeil dans le fait que tout ceci se déroule dans la même université que celle de L’Exorciste ? Ces juteuses barrières ne sont jamais pleinement franchies mais leur présence en arrière-plan apporte une sympathique épice à ce qui finit par ressembler, pour le pire ou le meilleur (à vous de voir) à une version tout public de l’éprouvant Nouvel ordre de Michel Franco.

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par Gregory Coutaut

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