Festival de Varsovie | Critique : Dice-Ching-O-Mat

Vilis, un spécialiste des études asiatiques dans la cinquantaine, est piégé dans une structure mystérieuse ressemblant à un ascenseur. Un interphone lui ordonne de passer par la porte rouge. Derrière la porte rouge se trouve Vilnius, confinée par le confinement de la pandémie de 2020. Là, Vilis retrouve sa femme et ses trois enfants adultes, mais se sent comme un étranger parmi eux. 

Dice-Ching-O-Mat
Lituanie, 2026
De Kristijonas Vildžiūnas

Durée : 1h28

Sortie : –

Note :

ESPACE EN MÉMOIRE

Derrière ce film au titre énigmatique se trouve un cinéaste lituanien prolifique mais méconnu en France. Kristijonas Vildziunas a pourtant débuté sa carrière avec des longs métrages sélectionnés à Venise puis Cannes (You Am I à Un Certain Regard en 2006 – déjà un titre en forme de rébus) et il a depuis été sélectionné plusieurs fois pour représenter son pays aux Oscars. C’est aujourd’hui en compétition au Festival de Varsovie qu’on le retrouve avec ce nouveau film à cheval entre drame familial et science fiction.

Vildziunas explique avoir eu l’idée de Dice-Ching-O-Mat durant le confinement de 2020. Très peu nombreux sont les films parvenant à rendre palpitant un tel voyage dans le temps récent, heureusement il n’est pas question ici de pure reconstitution. Le décor principal du film est un mystérieux ascenseur vide, au design vintage (clin d’œil à l’époque soviétique de la Lituanie ?). Le protagoniste y est enfermé, mis au défi par une voix d’ordinateur de retourner dans le passé pour tenter de mieux s’occuper de sa famille, avec comme seul outil le classique chinois Yi Jing, alias le livre des changements (appelé I Ching en anglais, voilà une piste d’interprétation du titre). Le film se déroule ainsi comme une succession de va-et-vient entre d’un côté cet espace mental singulier et claustrophobe, et de l’autre des plongées dans les souvenirs familiaux du héros.

Pour résumer à outrance, on pourrait placer Dice-Ching-O-Mat quelque part sur la carte entre Cube et Les Choses de la vie. De la même manière que le film débute en pure SF pour terminer les pieds bien sur terre, une ambiguïté demeure sur l’idée d’« assumer son rôle de père » comme dirait super Nanny. D’abord pathétique, papa s’avère être le seul capable de réunifier sa famille, et en venant réparer ses absences passées, il emmène le scénario vers des terres finalement moins subversives et plus répétitives que ce que l’on pouvait espérer. Là où Dice-Ching-O-Mat en met plein les yeux jusqu’au bout, c’est dans sa direction artistique chatoyante  et cosy, tout en intérieurs boisés et en lumières chaleureuses. C’est en allant ainsi à rebours des conventions de la SF que le film trouve sa meilleure personnalité.

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par Gregory Coutaut

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