Mostra de Venise | Critique : Agata the Writer

Agata voyage de Sydney à Sarajevo pour écrire un roman sur la guerre, mais au fur et à mesure qu’elle rassemble du matériel, elle est confrontée à des habitants qui remettent en question ses motivations.

Agata the Writer
Australie, 2026
De Kuba Dorabialski

Durée : 1h35

Sortie : –

Note :

SELON MOI

L’Australienne Agata débarque à Sarajevo afin d’y faire des recherches pour son prochain roman. Intellectuelle au look discret mais chic, elle ne se fond pas autant qu’elle l’espère dans les ruelles de la capitale bosnienne, et elle a tôt fait de laisser derrière elle les quartiers sinistres  pour rentrer dans l’appartement subtilement décoré qu’on lui a loué. De quoi va parler ce futur roman? A chaque fois qu’on lui pose la question, c’est à dire tout le temps, Agata répond avec un mélange d’assurance et de gêne. Ce sera sur la guerre, mais plutôt autour de la guerre. Dans cette ville où les façades des immeubles portent encore les impacts des balles, le sujet semble impossible à occulter, mais qu’est-ce que cette étrangère pense pouvoir raconter de différent sur la question ?

Tout comme sa protagoniste, le réalisateur Kuba Dorabialski est australien d’origine polonaise. L’entêtante question du point de vue et de la légitimé pourrait alors être posée directement à lui. Pourquoi a-t-il choisi de faire un film de fiction sur Sarajevo ? La réponse se trouve dans un pas de côté : Agata the Writer parle en réalité d’autre chose. La guerre en ex-Yougoslavie n’est pourtant pas qu’un simple prétexte utilisé avec cynisme : à la faveur d’une structure scénaristique en épisode, qui suit Agata allant de rencontre en rencontre, le film accorde beaucoup la parole à des personnages bosniens ayant connu cette période. Au moins pendant toute la première moitié, ce sont ces points de vue qui composent Agata the Writer. Mais comme nous l’indique le titre, l’enjeu principal du film se situe ailleurs.

Agata a beau tourner autour du pot, elle n’a rien à apporter sur ce conflit qui ne soit unique ou précieux. Refusant d’avaler cette couleuvre, elle se laisse aisément distraire par une affaire bizarre de vol de tableau obscène, ou de la récurrence improbable de la scatologie dans son nouveau cadre de vie. Jamais vraiment expliqué, ce sous-texte vient faire légèrement dérailler ce film aux teintes trop grisâtres, et faire éviter le trop plein de sérieux à ce scénario situé entre culpabilité bourgeoise et traumatisme de guerre. Une fonction similaire est d’ailleurs donnée à un personnage d’assistante et interprète, étonnamment méchante envers la protagoniste.

Ce relief bienvenu ne change pas la conclusion de l’affaire : Agata n’a rien n’a faire ici, et alors qu’on pourrait par ricochet se demander ce que Kuba Dorabialski fait également, voilà qu’il nous coupe l’herbe sous le pied avec un décrochage radical. La suite d’Agata the Writer mérite d’être découverte en conservant intacte son gros effet de surprise. Ce drame digne se transforme alors en proposition formelle nettement plus minimaliste, où la mise en scène nous invite à réenvisager la manière de mettre en scène la littérature au cinéma. Cela pourrait avoir l’air bien plus aride que la promenade citadine du début, mais le talent d’interprétation de Mia Wasikowska vient au contraire apporter beaucoup d’émotion à cet exercice puissant, au point qu’on se sent pris d’un vertige quand elle évoque en regardant la caméra dans les yeux « Les choses que seul le langage ambigu de son cœur peut permettre ».

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par Gregory Coutaut

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