Non seulement Martha a perdu son fils aîné, mais à ce jour, elle ne sait toujours pas ce qui lui est arrivé ni où se trouvent ses restes. Après des années de recherches infructueuses, elle rencontre Sandra, qui lui propose une dernière possibilité, peut-être son dernier espoir : partir pour un endroit isolé où la frontière entre les vivants et les morts est floue.
Cinco años, cuatro meses
Colombie, 2026
De Juan Miguel Gelacio et Esteban Hoyos García
Durée : 1h24
Sortie : –
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MORTS-VIVANTS
Une statue de la Vierge émerge de la pénombre au tout début de Cinco años, cuatro meses. Dans l’ombre, on peut également distinguer quelques silhouettes. Qu’y a-t-il donc encore dans le noir ? Beaucoup de choses restent privées de lumière dans le quotidien de Martha, dont l’un des fils a disparu sans que son corps ne soit jamais retrouvé. Comme tant d’autres en Colombie, victimes arbitraires d’un conflit armé. Dévoilé en compétition au Festival de Karlovy Vary, Cinco años, cuatro meses va accompagner son héroïne dans un voyage inattendu.
Le long métrage des Colombiens Juan Miguel Gelacio et Esteban Hoyos García est d’abord cartésien : si l’on cherche des corps, on creuse le sol. On y trouve des signes, une croix, à défaut d’y trouver des os. Vers qui ou quoi se tourner lorsque les individus sont totalement abandonnés et trahis par l’État ? La brutalité est inexplicable et le deuil irrésolu. Alors on parle aux morts, et le pont que Cinco años, cuatro meses tend vers l’au-delà est peut-être le seul moyen de trouver l’apaisement.
Cinco años, cuatro meses dépeint des solitudes mais l’affaire est pourtant collective : Martha trouve une femme endeuillée comme elle qui va partager son odyssée. Plus tard dans le film, des femmes se présentent et sont liées par la même expérience. On traverse un Styx pour rencontrer des spectres. Lors de la meilleure scène du film, un espace est transformé en scène. Un lieu carthatique qui pourrait ressembler à une installation d’art contemporain, et qui en même temps est connecté au plus près des émotions. C’est là le théâtre d’un réalisme magique – une manière poignante de figurer le deuil, la peine, et peut-être la paix.
À la fois humble et ambitieux, Cinco años, cuatro meses se caractérise par une simplicité qui met l’émotion à nu. Celle-ci est également transmise par ses actrices convaincantes, et la mise en scène pudique et élégante de Juan Miguel Gelacio et Esteban Hoyos García. Le film unit avec grâce le politique et le spirituel, les vivants et leurs fantômes.
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par Nicolas Bardot
