Mariama, une demandeuse d’asile venue du Sénégal, vient d’avoir dix-huit ans. Stella, la quarantaine, tente de se libérer de ses dépendances. A la recherche d’une place dans un monde où rien n’est gratuit, les deux femmes se rencontrent et développent un lien étonnamment fort.
The Lion at My Back
Chypre, 2026
De Tonia Mishiali
Durée : 1h43
Sortie : –
Note : ![]()
COEUR DE LION
Avec The Lion at My Back, la réalisatrice chypriote Tonia Mishiali fait son retour en compétition au Festival de Karlovy Vary, 8 ans après un premier long métrage réussi intitulé Pause. Son nouveau film s’ouvre par une heureuse célébration avec un gâteau d’anniversaire dont on allume les bougies une à une. Pourtant, peu de temps plus tard, Mariama, une demandeuse d’asile sénégalaise qui vient de fêter ses 18 ans, doit quitter son foyer. Elle en sort mais où entre-t-elle ? En effet, lorsqu’elle est filmée dehors, derrière les grilles du foyer, on a le sentiment que la jeune femme est comme en prison. Les barreaux devant elle semblent obstruer l’horizon. Elpida, l’héroïne de Pause, était elle aussi dans une forme de prison – celle du patriarcat, celle dans laquelle les hommes enferment les femmes ménopausées comme elle. Mariama est plus jeune, mais le monde n’a-t-il pas toujours été une prison pour l’adolescente ?
The Lion at My Back raconte l’histoire de deux protagonistes qui se rapprochent malgré ou grâce aux circonstances. Stella est une femme chypriote au visage fermé et dont la vie est sinistre. Mariama et Stella n’ont, à premier vue, pas grand-chose en commun. Pourtant, l’une et l’autre sont confrontées à la brutalité, l’une et l’autre suscitent la méfiance, l’une et l’autre ont un passé hors champ que l’on devine ou évoque par touches. « Quand tu as un lion à tes trousses et l’eau face à toi, tu te jettes à la mer » dit Mariama. Stella n’a pas la même expérience de vie que sa nouvelle camarade, mais elle pourrait pourtant dire la même chose.
Qu’il s’agisse de ses personnages, de leurs relations, du déroulement, The Lion at My Back nous a paru un peu trop mécanique, avec une démonstration assez lisible. Tonia Mishiali parvient néanmoins à composer un solide récit de solidarité féminine face à une exploitation systémique. La convergence des luttes de Mariama et de Stella constitue un sujet fort que Mishiali traite avec empathie. Et sans édulcorer le quotidien de ses héroïnes, tout en évitant le poverty porn, la réalisatrice suggère le réenchantement de vies abimées : le labyrinthe dans lequel les deux femmes paraissent plongées a peut-être une issue.
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par Nicolas Bardot
