Otto Vidal, 14 ans, a disparu après avoir adressé une lettre d’adieu aux élèves de sa classe. Alors que tout le monde le croit mort, Léna, une fille de son lycée, le reconnaît une nuit en train d’errer dans les rues de la ville.
Adieu monde cruel
France, 2026
De Félix de Givry
Durée : 1h33
Sortie : 09/09/2026
Note : ![]()
LE DEUIL DE MON ORGUEIL
Voilà un titre qui ne ment pas. Otto a beau n’avoir que quatorze ans, il porte déjà la cruauté du monde sur ses épaules, suffisamment pour avoir le projet clair d’en finir. Cette cruauté, Felix De Givry a le bon goût de ne pas nous la faire subir à notre tour de manière trop éprouvante : il lui suffit d’une courte séquence placée en ouverture, où le jeune protagoniste se retrouve sans issue dans une pénombre qui recouvre tout. La source de sa terreur reste quasiment hors-champ dans cette séquence presque sortie d’un film de genre. Il serait naïf de penser que cela signifie que le film va automatiquement se concentrer sur le positif, mais il y a en effet beaucoup de beauté dans le reste d’Adieu monde cruel.
Otto s’est suicidé, chaque élève de sa classe l’apprend en recevant une copie de sa lettre d’adieu et la nouvelle fait vite le tour de cette toute petite ville de province pluvieuse, qui semble encore vivre sous cloche dans une autre époque, quelque part entre les années 60 et les années 90. Or Otto a survécu à sa tentative de suicide. Incapable de faire à nouveau face aux autres, ou peut-être bien tout simplement incapable de reprendre place parmi le monde des vivants, Otto erre dans la brume automnale. C’est alors qu’il croise Léa, une camarade de classe qu’il connait mal mais qui l’aide à se cacher dans les recoins d’un hôtel à moitié vide, presque fait pour être hanté. Celle-ci a beau ne pas avoir tenté de mettre fin à ses jours, faire semblant de vivre lui semble également impossible.
Felix de Givry n’a pas peur d’aborder un sujet rare et terrible, l’envie de morts chez les très jeunes adolescents (presque encore des enfants). Il compense cette noirceur d’une part par une dose poignante de romanesque comme dans un conte, et d’autre part par une sorte de poésie buissonnière hors du temps. Sur ce dernier point, il faut vanter le travail d’interprétation de quelqu’un qui n’apparait pourtant jamais à l’écran : Françoise Lebrun. Mettre des mots aussi graves dans la bouche de jeunes interprètes est un défi de taille, et si ces derniers se montrent très convaincants, la star du film est la voix off délicate et empathique de Lebrun. Celle-ci n’offre pas qu’un clin d’œil à une page bien aimée du cinéma français, elle transforme ce fait divers potentiellement morbide en fable fantomatique particulièrement bouleversante. Le résultat est l’un des meilleurs premiers films français de l’année.
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par Gregory Coutaut
