Critique : The Plague

Dans un camp d’été, la rumeur d’une peste se propage. Quand Ben refuse d’y croire, les frontières de la réalité se brouillent et un jeu impitoyable se déclenche entre les garçons.

The Plague
États-Unis, 2026
De Charlie Polinger

Durée : 1h35

Sortie : 03/06/2026

Note :

SOUS L’EAU

Le bassin de la piscine est un drôle d’endroit, où des jeunes filles faisant de la natation synchronisée semblent défier la pesanteur : un plan filmé à l’envers dans The Plague les montre parfaitement maîtresses de leurs mouvements sous l’eau. A l’inverse, le long métrage s’ouvre par des plongeons de préados dans l’eau, et c’est à un étrange et maladroit ballet de jambes auquel on assiste. Pas de grâce ni d’harmonie ici, mais un chaos agité qui ressemble aux interactions que les garçons ont hors du bassin. On essaie de ne pas se noyer, mais on a tôt fait de boire la tasse.

Dans ce premier long métrage sélectionné l’an passé à Cannes dans le cadre d’Un Certain Regard et lauréat du Grand Prix à Deauville, l’Américain Charlie Polinger dépeint comment les dynamique de groupe se déploient. Le délicat Ben, comme beaucoup de jeunes ados sentant qu’ils ne font pas partie du groupe, essaie timidement de s’inclure – pas tant par conviction que par peur d’être exclu, ou harcelé. Il y a des castes chez les garçons, et les règles sont impitoyables. De quoi la peste du titre est-elle le nom ? C’est là un prétexte conscient pour harceler, et quoi de mieux que le sport qui, dans le cadre scolaire, a toujours constitué un sésame et une autorisation pour la brutalité. Il n’y a pas de portable dans The Plague et la musique 90s ne trompe pas : l’histoire ne se déroule pas aujourd’hui – mais c’est tout comme.

The Plague, très librement inspiré de la propre expérience du réalisateur, a pour lui de ne pas édulcorer la tristesse étouffante de l’adolescence. Cela donne un relief intéressant au film, à rebours des clichés romantisant le passage à l’âge adulte. Polinger ne lisse pas non plus ce que le groupe peut avoir de plus idiot, et ce que les enfants peuvent avoir de plus bête et méchant. Le long métrage, à notre sens, manque d’un déroulement plus imprévisible. Ce qui, à un moment du récit, donne l’impression que celui-ci peut enfin dérailler, reste un pas de côté un peu timoré. Comme si The Plague trempait quelques orteils dans l’eau là où l’on attendrait enfin le plongeon. Ce premier essai est néanmoins efficacement mené et fait peu de concessions confortables pour dépeindre ce jeu, à la piscine ou dans la vie, où il n’y a rien à gagner.

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par Nicolas Bardot

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