Tourné pendant une nuit de juillet 2025 par quarante cinéastes et des centaines de citoyen·ne·s, The Illusion of a Quiet Night dresse un vaste portrait collectif de l’Ukraine en guerre. Entre peurs et épuisement, moments de joie et scènes du quotidien, on y saisit la vie qui continue malgré tout, ainsi que la résilience d’une nation face à l’incertitude.
The Illusion of a Quiet Night
Ukraine, 2026
De Olga Chernykh
Durée : 1h10
Sortie : –
Note : ![]()
LA NUIT NOUS APPARTIENT
Une quarantaine de personnes sont créditées à la photographie de The Illusion of a Quiet Night (dévoilé en compétition au Festival Visions du Réel) : c’est là l’ambitieux dispositif mis en place par la réalisatrice ukrainienne Olga Chernykh dont le documentaire a été filmé dans une soixantaine de lieux différents à travers le pays, tout cela en une nuit, en juillet 2025. C’est un portrait choral de la guerre au quotidien, un puzzle où chacune et chacun apporte sa propre pièce dans un film étonnamment homogène. La diversité des points de vue se réunit en effet dans une unité des expériences.
On y voit des visages fatigués dans un train, ou au contraire des corps qui s’agitent joyeusement dans un club. Une femme qui s’apprête à accoucher, tandis que plus tard on évoque le souvenir de ceux qui sont morts avant qu’on ne commence à filmer. A la maison, les souvenirs joyeux racontés à table, et sur le front, des soldats qui investissent une maison abandonnée et désormais digne du Projet Blair Witch. Ce qui se passe devrait être exceptionnel, mais tout cela au fil des années est devenu presque non-événementiel. Le choix d’une unité de temps offre une tonalité particulière à The Illusion of a Quiet Night, a fortiori la nuit où tout est plus sensible, où l’attention est particulière, où tout est différent (un orage sur la nature, des portraits de disparu.es qui s’accumulent).
La nuit est tombée sur l’Ukraine mais le jour finit par se lever. Sur un troupeau de moutons, sur les ruches, sur les stations de métro où les personnes se sont réfugiées et dont elles repartent comme si de rien n’était. Le lendemain : des civils, des soldats abimés, des animaux, des enfants. Les géraniums rouges ont éclos au balcon. La nuit permet de prendre un pouls plus tranquille, avant que de jour les cœurs ne battent plus fort. La nuit, comme le rappelle le carton final, est le moment privilégié des attaques russes sur les infrastructures civiles et les populations. Si les drames ne sont pas au premier plan lors du film, celui-ci rappelle néanmoins que le seul mois de juillet 2025 a connu 300 mort.es supplémentaires, un nombre probablement sous-estimé. Parmi les très nombreux documentaires de la guerre en Ukraine, The Illusion of a Quiet Night parvient à trouver sa propre voix tout en en ayant des dizaines.
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par Nicolas Bardot
