Déjà présent dans notre article sur les meilleurs courts de la Berlinale 2023 avec La Herida luminosa, Christian Avilés atteint une nouvelle fois des sommets en formant des alliances inattendues. Stallion y la bola de cristal (qui figure dans notre sélection courts de la Berlinale 2026) raconte l’histoire d’un adolescent qui brûle de désir pour un sorcier. Superposant la banalité d’une chambre d’ado solitaire à une monde de sorciers gay, le film chevauche son balais et s’envole en équilibre entre cœur brisé et visions galvanisantes. Du cinéma queer magique et inventif, par un jeune cinéaste à suivre. Christian Avilés est notre invité.
Comment avez-vous abordé le style visuel de Stallion y la bola de cristal, et en particulier la manière de représenter son atmosphère magique – de votre utilisation du 16 mm à la conception des décors ?
Bien qu’il y ait des étincelles de lumière, je l’ai toujours conçu comme un film essentiellement sombre. L’approche répond à une douceur apparente sous laquelle se cache une obscurité, comme si elle vous attirait lentement dans une fièvre et introduisait insidieusement un sentiment de malaise à la surface.
Le protagoniste est piégé dans un lieu, mais d’une certaine manière, il est également prisonnier d’un temps incertain. C’est un appartement qui semble contemporain, cependant il est éclairé à travers un prisme expressionniste qui, en association avec le format de tournage en 16 mm et le fait de l’avoir entièrement tourné sur pellicule Kodak 500T afin d’obtenir une texture très présente et presque agressive, peut évoquer une époque révolue. Je voulais jouer sur l’invocation du passé dans le présent, parler de l’oppression contemporaine tout en la reflétant dans le miroir de la tradition, comme le roman gothique lorsqu’il traite de passions accablantes, d’enfermement involontaire, de châteaux et de tours. Pour cela, nous avons recréé l’appartement sur une petite scène, ce qui nous permet de contrôler au maximum la manière de remplir cet espace, notamment en termes d’ombres.

Pouvez-vous nous parler de votre choix de représenter votre sorcier de manière très archétypale (chapeau pointu, balai, etc.) ?
C’est basé sur ‘La bruja’ du train de la sorcière, un personnage mythique espagnol de fête foraine. Dans notre culture, les fêtes foraines voyagent à travers le pays de ville en ville, principalement pendant les vacances d’été, et les attractions sont toujours les mêmes. Celle-ci en particulier est un train pour enfants qui fait des cercles et est animé par ce personnage masculin de sorcier, généralement un homme très viril (faisant partie de la même équipe qui construit la machine) qui se place au milieu des rails habillé en sorcière féminine et joue avec un balai au-dessus des têtes des enfants. C’est un jeu qui, quand vous êtes plus jeune, avec la fumée artificielle, les moteurs bruyants et la musique, tend à être terrifiant. Il est courant de devenir obsédé par cet homme lorsque l’on est petit.
Puis, en grandissant, l’obsession peut rester, mais on réalise qu’il y a une lecture queer accidentelle dedans. Il y a quelque chose d’envoûtant à le regarder, à l’observer dans son élément et à se montrer séduisant. Je voulais sauvegarder ce souvenir et élaborer un récit autour de lui, et autour du jeune garçon. C’est aussi un film qui suit le fil de sa pensée, réalisant que s’il veut attirer l’attention du sorcier, il doit suivre sa logique. Pour séduire le sorcier, il doit parler sa langue, donc l’enchanter.

Dans Stallion y la bola de cristal, le monde secret de la jeunesse semble profondément lié au mystère et à la magie. Cela vient-il de votre propre expérience en tant qu’adolescent ?
Le désir d’évasion et la recherche de moyens pour échapper à l’hostilité ont nourri l’idée que je poursuis d’un type différent de réalité pour ces personnages. Mon propre vécu en tant qu’adolescent queer dans un petit village était rempli du désir de trouver une alternative à habiter. En regardant en arrière, il y a eu d’innombrables heures à fixer le plafond en souhaitant manifester autre chose, un contexte différent et une logique dans laquelle on pourrait gagner. Bien que j’aie été élevé dans un environnement fortement religieux et conservateur, il y avait des ressources à disposition pour développer et s’appuyer sur d’autres types de croyances.

Quel.le est votre sorcière ou sorcier de cinéma favori.te ?
Carrie White. Bien que j’aie le sentiment que nous aurions été ami.es, peut-être aurions-nous été trop timides pour le réaliser, donc elle m’aurait probablement détruit accidentellement pendant la tuerie du bal de promo, mais c’est aussi bien. Carrie, tout ce que tu as fait, tu l’as fait avec un cœur ouvert.
Entretien réalisé par Nicolas Bardot le 8 mars 2026.
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