Festival CPH:DOX | Critique : The Sandbox

À travers des témoignages de survivants, de journalistes et de témoins, The Sandbox de Kenya-Jade Pinto explore le contrôle des frontières moderne, où la surveillance, l’IA et la militarisation décident de qui vit et de qui meurt.

The Sandbox
Canada, 2026
De Kenya-Jade Pinto

Durée : 1h30

Sortie : –

Note :

SOUS SURVEILLANCE

Dans son premier long métrage The Sandbox, dévoilé en compétition au Festival CPH:DOX, la réalisatrice indo-canado-kényane Kenya-Jade Pinto utilise régulièrement de vues plongeantes depuis très haut dans le ciel. Voilà qui pourrait constituer un cliché de prise de vue documentaire souvent employé, mais ce choix se justifie ici : tout le monde semble être examiné par des drones dans son long métrage. Toutes les migrantes et tous les migrants, qui traversent l’Arizona ou la Méditerranée. Parfois, iels ne voient pas le drone, et l’entendent seulement. La surveillance est globale, et c’est l’une des pistes explorées par The Sandbox : elle ne se limite pas aux personnes migrantes.

Des mots de Joe Biden se veulent rassurants : pas question d’un mur à la Trump pour séparer les États-Unis du Mexique. Mais, avec un cynisme grinçant, c’est un autre type de mur que Biden suggère : une paroi technologique. « Je vais vous emmener dans un endroit, ici aux Etats-Unis, où on peut trouver des restes humains. Comment est-ce possible ? », déclare-t-on dans The Sandbox. Des ossements sont effectivement retrouvés ça et là dans le désert. « Nous avons transformé cet environnement magnifique en une machine à tuer », ajoute le même protagoniste. La militarisation et la culture de la peur sont aussi un business. Des contrats et de l’argent sont en jeu pour mettre en place une technologie en évolution. Un responsable grec, là encore avec un cynisme décomplexé, explique comme si qui que ce soit allait le croire : « Je ne décide pas de qui va vivre, je peux vous parler de technologie – pas de politique ».

Les êtres humains les plus vulnérables, rassemblés sur une embarcation de fortune, sont les victimes de politiques racistes, mais servent aussi, si ça n’était pas déjà suffisant, de rats de laboratoire. Un rescapé de l’Adriana témoigne, alors que des centaines de personnes ont péri dans la catastrophe : « Je pensais qu’ils nous sauveraient ». Au service de quoi la technologie est-elle mise à disposition ? Est-ce que parvenir en Europe mérite de traverser toutes ces épreuves ? Pourquoi ne pas utiliser de l’argent pour aider plutôt que pour punir ? Kenya-Jade Pinto mène une enquête terrible sur les moyens qu’on peut déployer pour noyer des êtres humains.

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par Nicolas Bardot

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