Berlinale | Critique : The Garden We Dreamed

Esther et Junior, originaires d’Haïti, entreprennent un voyage vers la partie nord du continent américain avec les filles d’Esther, Flor et Aisha. La famille est à la recherche d’un avenir meilleur. Au Mexique, Esther et Junior s’installent dans une forêt reculée où l’exploitation forestière illégale influence à la fois la vie des habitants et la fragile forêt qui les entoure.

The Garden We Dreamed
Mexique, 2026
De Joaquín del Paso

Durée : 1h42

Sortie : –

Note :

JARDIN D’ENFER

Les deux premiers longs métrages du Mexicain Joaquin Del Paso, Maquinaria Panamericana et The Hole in the Fence (tous les deux passés par la Berlinale et inédits dans les salles françaises) se déroulaient dans un décor propice à la violence – respectivement une entreprise et un pensionnat de garçons. Mais cette violence se teintait d’une forme particulière d’humour : un humour absurde pour le premier, plus cruel dans le second. Dans son nouveau film, The Garden We Dreamed (El Jardín que soñamos), exit l’humour. Ce drame sérieux qui suit une famille haïtienne migrant à travers le continent américain semble rentrer dans une case un peu plus immédiatement identifiable.

Mais cela reste néanmoins à nuancer : tandis que The Hole in the Fence empruntait un certain vocabulaire horrifique, The Garden We Dreamed utilise parfois dans son drame réaliste des motifs merveilleux, au bord du fantastique. C’est un nuage de papillons dont la densité à l’écran paraît surnaturelle. C’est une brume épaisse qui avance dans les bois et semble annoncer quelque chose de magique. Ce sont les grondements de la nature, comme si les arbres allaient se mettre à parler. La maisonnette que la famille d’Esther et Junior investissent sort-elle d’un conte ?

La cabane de fortune est davantage une cachette temporaire. Joaquin Del Paso ne fournit pas tous les éléments contextuels, mais les cicatrices sur le dos de Junior suffisent à savoir ce qu’il y a à fuir. Y a-t-il quelque chose dans les bois ? Oui, mais là encore rien à voir avec le surnaturel car la menace est avant tout humaine. Contrairement à ses précédents films dont le jeu avec les genres apportait une dynamique singulière, le récit de The Garden We Dreamed fait à notre sens beaucoup de surplace. Les épreuves s’empilent comme si la famille était damnée. Sa maison, comme son existence, prend l’eau. Mais les touches de fantastique précédemment évoquées ne sont pas là pour rien : elles suggèrent ce qui peut attendre au bout du chemin – qui sait, peut-être un miracle.

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par Nicolas Bardot

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