La Maestra et Paula sont des amies inséparables et les meilleures nageuses de leur équipe. Un accident lors d’une fête les contraint à choisir entre silence et prise de parole.
Chicas tristes
Mexique, 2026
De Fernanda Tovar
Durée : 1h30
Sortie : –
Note : ![]()
UN APPÉTIT DE BONHEUR
Paula et Maestra font partie de la même équipe de natation, suivant un entraînement rigoureux où le seul mot qui leur est adressé par leur coach est « en place ». L’ambition de bien faire n’empêche pas les deux meilleures amies de prendre la vie à la rigolade. Leurs chambres pleines de peluches et les silhouettes merveilleuses qu’elles dessinent à la craie sur le trottoir ne sont pas là pour sous-entendre qu’elles ne sont pas pleinement sorties de l’enfance mais plutôt qu’elles n’ont pas perdu leur appétit de bonheur. Le plongeon dans le grand bain de l’âge adulte ne leur fait pas peur, mais comme le montrent les toutes premières images de Chicas tristes, où le titre mélancolique s’écrit dans une typo rose, il n’y a que quelques nuages dans le ciel bleu au-dessus de ces héroïnes.
Lorsque survient l’accident, ce n’est pas le choc qui les saisit mais d’abord un doute. Paula s’interroge : le rapport sexuel ambigu qu’elle a eu avec Daniel lors d’une fête était-il une agression ou non ? Comme à chaque fois qu’il faut apprendre quelque chose (un cours, une chorégraphie), les deux jeunes filles se tournent vers internet, mais quel espace y a-t-il dans leur vie pour analyser ce qui s’est passé et savoir comment réagir ? Leur amitié demeure forte dans l’épreuve mais chacune se retrouve bouleversée à sa façon : Paula la discrète s’enferme peu à peu dans une résignation silencieuse, la joviale La Maestra sent au contraire monter la colère en elle. « Je ne ressens rien » affirme l’une. « C’est impossible » répond l’autre.
Autour de ce sujet dramatique, la cinéaste mexicaine Fernanda Tovar bâtit un film particulièrement dynamique. C’est d’abord un travail d’écriture : les scènes sont brèves et les ellipses permettent d’éviter intelligemment les clichés, et les personnages masculins comme féminins (tous portés par des interprètes convaincants) sont particulièrement nuancés. Au point que Chicas tristes n’est d’ailleurs pas entièrement dénué de piquant, en tout cas dans sa première moitié, et l’impossibilité pour La Maestra de garder sa langue dans sa poche est d’abord un gag sympathique. Mais même lorsque le ciel s’assombrit pour les héroïnes seules face à l’injustice, le film conserve son superbe emballage visuel, fait de reflets chatoyants et de couleurs pop comme un cahier d’enfant. Doux-amer, Chicas tristes est une réussite à la fois subtile et électrique, qui a remporté le Grand Prix de la section Génération de la Berlinale.
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par Gregory Coutaut
