Berlinale | Critique : We Are All Strangers

Dans le Singapour contemporain, Junyang, 21 ans, profite de la légèreté de la jeunesse tandis que son père lutte pour maintenir leur vie modeste. Lorsque la relation de Junyang avec sa petite amie prend un tournant inattendu et déterminant, le jeune couple est contraint de faire face aux réalités de l’âge adulte bien plus tôt que prévu. 

We Are All Strangers
Singapour, 2026
De Anthony Chen

Durée : 2h37

Sortie : –

Note :

JOUEZ À DESTINS POUR CHANGER DE VIE

We Are All Strangers dure une heure de plus que tous les précédents longs métrages du Singapourien Anthony Chen. C’est une observation factuelle, un peu réductrice, mais elle donne une idée de l’ampleur nouvelle de ce long métrage par rapport à ses précédents récits plus « humbles ». Dévoilé en compétition à la Berlinale, We Are All Strangers est un film choral qui se déploie dans le temps et nous permet d’apprécier l’évolution de ses personnages. Le film a une qualité feuilletonnesque tout à fait agréable.

Agréable : c’est également ainsi qu’on peut qualifier la première partie du long métrage, au ton entre romance (à tout âge) et chronique légère (avec notamment l’élaboration en cuisine d’un plat de A à Z). L’image est colorée, les scènes sont relativement courtes, parfois baignées d’un tube joyeux de BTS. Ainsi s’écoule la vie à Singapour, pour les familles aisées comme pour les plus modestes. Parmi ces derniers, on trouve Bee Hwa, surnommée Tiger Beer Auntie par les clients (et surnommée Tiger Beer Beauty par elle-même), qui sert des bières et les boit aussi. Ce rôle exubérant qui constitue le cœur du film est interprété avec charisme par Yeo Yann Yann, un visage familier du cinéma de Chen.

Ainsi va la vie… si l’on s’arrête aux apparences. Car le rapprochement fortuit de deux familles dans We Are All Strangers souligne les différences et la violence de classes : « Singapour n’aime que les riches », commente t-on dépité. Le ton d’Anthony Chen reste tendre mais un voile d’amertume vient parfois recouvrir les couleurs rayonnantes. Comment faire face à l’adversité ? Chen examine la famille comme un socle solide, mais aussi comme une entité à redéfinir, remodeler et reconstruire – rappelant le motif de son premier long Ilo Ilo, lauréat de la Caméra d’or.

À plusieurs reprises dans We Are All Strangers, la caméra effectue des travellings circulaires autour des protagonistes. Comme si l’on pouvait circonscrire chacun et chacune, comme si aucun détail ne pouvait échapper à la caméra. Au contraire, on peut aussi imaginer que ce mouvement tente en vain de saisir l’indicible, ce qui lie ou sépare des membres d’une même famille. Toutes et tous des inconnu•es, parfois pour eux-mêmes, mais qui sous le regard doux (parfois trop) d’Anthony Chen, finissent par mieux se connaître.

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par Nicolas Bardot

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