Berlinale | Critique : Dust

Luc et Geert sont deux entrepreneurs technologiques de renom dont l’empire est sur le point de s’effondrer après que des révélations sur leur fraude doivent éclater dans les 24 heures.

Dust
Belgique, 2026
De Anke Blondé

Durée : 1h49

Sortie : –

Note :

MORDRE LA POUSSIÈRE

Sous des bravos et des onomatopées admiratives : c’est ainsi que débute Dust, second long métrage de la Belge Anke Blondé (et premier film belge flamand sélectionné en compétition à la Berlinale en 45 ans). Ce sont des oh et des ah poussés par le public, devant Geert et Luc présentant une nouvelle technologie extraordinaire qui aurait le pouvoir de faire basculer le monde de la fin des années 90 (où le film se situe, avec une reconstitution minimaliste mais convaincante) au nouveau millénaire – rien que ça. Mais le système de reconnaissance vocale ici dévoilé par les deux entrepreneurs semble aujourd’hui tellement désuet que l’admiration de leurs spectatrices et spectateurs constitue un irrésistible effet comique. A l’échelle du temps et d’une technologie en perpétuelle évolution, on est bien peu de choses. La remarque vaut aussi pour les rois du monde qui ont tôt fait d’être déchus.

Anke Blondé s’inspire de faits réels avec l’affaire Lernout & Hauspie qui a eu un énorme retentissement en Flandre. Ce scandale est librement adapté ici avec la chute des deux protagonistes filmée comme au ralenti : quelques heures, une nuit, un petit matin avant que les rois du pétrole ne perdent leur couronne. Mais de quoi sont-ils les rois au juste ? Geert et Luc vivent dans ou fréquentent des endroits vides ou froids, comme si ces rois n’avaient pas grand chose à conquérir. Il y a néanmoins des signes de richesse et de réussite : une piscine ici, un haras par là, une photo avec Bill Clinton. Ce qu’il y a surtout à perdre, c’est l’estime des autres, et Blondé dessine peu à peu les conséquences humaines du déclassement des deux arnaqueurs.

A la croisée du drame social et du thriller politique, Dust réussit à prendre le pouls anxieux d’heures où il ne se passe pas grand chose. On détruit des preuves, sur papier ou sur disquette, on essaie de maîtriser ses nerfs en attendant le couperet. Blondé sait avec talent tenir la tension psychologique avec un récit aux rebondissements réduits. Le film s’appuie sur une bande sonore angoissante, sur son décor boueux dans lequel les protagonistes s’enfoncent au sens propre comme figuré, et brille par son sens du casting. Chacun dans leur registre, les excellents Arieh Worthalter et Jan Hammenecker font des étincelles dans la peau de ces tristes sires. « C’est toujours bien d’utiliser sa tête, ça évite de se salir les mains » : plus facile à dire qu’à faire pour les deux larrons, pris dans un inextricable étau. Le film brille par sa capacité à mettre en scène ce chaos froid et silencieux.

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par Nicolas Bardot

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