Berlinale | Critique : At the Sea

Après une longue rééducation, Laura retourne auprès de sa famille, où elle doit se réadapter à son quotidien.

At the Sea
Hongrie, 2026
De Kornel Mundruczo

Durée : 1h52

Sortie : –

Note :

MA PAROLE

Si la carrière hongroise de l’ambitieux Kornél Mundruczó se caractérise par des projets à chaque fois très singuliers (du contemplatif Delta au triptyque historique Évolution en passant par la fable animalière White God et le film de science-fiction La Lune de Jupiter), sa carrière « américaine » s’est, en deux films, davantage centrée sur des drames réalistes et féminins. Six ans après l’accessible mais brillant Pieces of a Woman qui a valu à Vanessa Kirby une nomination à l’Oscar, At the Sea s’inscrit lui aussi dans la filmographie plus classique du cinéaste. Mais il n’y a, à n’en pas douter, quelqu’un derrière la caméra du long métrage, a fortiori aidé par un directeur de la photographie aussi formidable que le Français Yorick le Saux.

Néanmoins, le cœur d’At the Sea est avant tout son histoire et la façon dont elle est véhiculée par ses interprètes. Laura revient d’une cure de désintoxication et personne ne sait trop comment la prendre : doit-on lui faire la gueule, doit-on lui confier la responsabilité de ses enfants, doit-on mentir pour sauver la face, doit-on faire comme si de rien n’était, doit-on encore sentir l’haleine de maman pour voir si celle-ci ne s’est pas envoyé un cocktail en cachette. Laura est une patate chaude dont personne ne sait que faire, voilà qui n’arrange pas les affaires de cette femme qui ne sait pas bien où elle en est. Mundruczó et sa scénariste Kara Wéber sème des souvenirs traumatisants par flashes dans At the Sea. « La beauté de l’enfance n’est peut-être qu’une histoire qu’on se raconte », songe la principale intéressée.

Bien qu’il soit écrit et réalisé par deux personnes hongroises, At the Sea a le gros défaut de beaucoup de films américains trop lisses : son écriture est trop visible, et ses dialogues en forme de notes d’intention sont trop artificiels pour donner au long métrage la profondeur et l’aspérité qu’il mérite. Comment s’en relever ? D’abord, en adoptant un point de vue qui ne fait pas du surplace. Laura est certainement traumatisée par son enfance, mais ce n’est pas la seule piste explorée par le film. Une personne n’est pas qu’un trauma, mais la somme d’accidents. Le film, avec finesse, sait aborder l’addiction de Laura à l’alcool non pas comme le premier problème, mais comme une conséquence – sortant ainsi des clichés culpabilisants qui touchent les personnes alcooliques ou toxicomanes.

Alors, à qui la faute ? At the Sea est entre autres un film sur l’incapacité à raconter sa propre histoire, a fortiori si… personne ne veut l’écouter. Laura doit faire avec l’emprise des hommes, l’emprise de la famille, ce qui complexifie la dynamique entre les protagonistes. Lors d’une scène casse-gueule, l’expression passe davantage par les corps que par les mots. Lorsque ces derniers sont trop maladroits, il faut savoir compter sur des actrices ou acteurs capables de nous les faire avaler : c’est le cas de la toujours excellente Amy Adams, dont la conviction porte fort le film et atténue ses défauts.

| Suivez Le Polyester sur Bluesky et Instagram ! |

par Nicolas Bardot

Partagez cet article