New York, juin 1961. Le légendaire pianiste de jazz Bill Evans a trouvé sa voix musicale et a créé le trio parfait, comprenant le bassiste Scott LaFaro, son âme sœur musicale. Une résidence au Village Vanguard de New York aboutit à l’enregistrement en direct de deux des plus grands disques de jazz de tous les temps en une seule journée.
Everybody Digs Bill Evans
Royaume-Uni, 2026
De Grant Gee
Durée : 1h42
Sortie : –
Note : ![]()
LES PETITES NOTES
Le jazz filmé comme un songe : voilà ce que réussit la superbe première longue scène de Everybody Digs Bill Evans, dévoilé en compétition à la Berlinale. Le découpage fluide et atmosphérique, les très gros plans sur les touches d’un piano, des cymbales caressées ou des yeux fermés, un bar filmé dans une pénombre trouée de quelques lumières telle une alcôve abstraite où le temps serait suspendu – la mise en scène du Britannique Grant Gee dépeint autant ce qui se déroule qu’elle incarne ce qui est ressenti.
Basé sur des faits réels fictionnalisés, Everybody Digs Bill Evans met en scène une soirée importante durant laquelle deux des albums de jazz les plus importants ont été enregistrés en live. Mais le film raconte avant tout les lendemains : le deuil inconsolable de Bill Evans dont le partenaire de jeu Scott LaFaro meurt accidentellement après ce concert mémorable. C’est l’intéressant parti pris d’un long métrage qui choisit de se placer en coulisses, racontant les démons de son protagoniste à l’ombre de ses succès insoupçonnables à l’image. Grant Gee n’est pas étranger à la mise en scène musicale : il s’est auparavant distingué avec des clips pour Blur et Radiohead, ou avec un documentaire consacré à Joy Division.
Mèche sur le côté, grosses montures de lunettes, naturel taciturne : Bill Evans est dépeint comme une sorte de nerd, interprété dans un demi-sommeil par le Norvégien Anders Danielsen Lie (visage familier du cinéma de Joachim Trier). On comprend aisément que le deuil écrasant d’Evans soit incarné ainsi, mais cela participe à figer le long métrage dans un certain stéréotype de portrait de génie maudit. Bill Evans est hanté par ses démons et ses fantômes, et il y a un défi narratif à saisir ce protagoniste « hors de la vie ». Laborieusement dispersé entre plusieurs époques, Everybody Digs Bill Evans manque à nos yeux à la fois d’unité scénaristique et de surprise – mais par moments est rehaussé par sa mise en scène intense qui a le mérite de tenter de raconter formellement ce qui constitue son personnage.
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par Nicolas Bardot
