Festival de Rotterdam | Critique : Moonglow

Manille à la fin des années 1970, sous la dictature de Ferdinand Marcos. Blessée par la corruption omniprésente qui l’entoure, Dahlia commet secrètement un cambriolage.

Moonglow
Philippines, 2026
De Isabel Sandoval

Durée : 1h48

Sortie : –

Note :

LUNE DE MIEL

Pour présenter son nouveau long métrage Moonglow, la réalisatrice philippine Isabel Sandoval a parlé d’une œuvre qui serait « un film policier à la façon d’In the Mood for Love« . De fait, Moonglow est un film noir tourné à la façon d’une romance tournée comme un film noir. « J’ai toujours pensé que la politique était un terrain fertile pour le drame », nous confiait-elle lors de notre entretien réalisé en 2019 à l’occasion de son dernier long métrage, Brooklyn Secret. Moonglow n’est pas à proprement parler un film politique, mais son contexte est hautement politique : l’action se déroule en 1979 aux Philippines, sous la loi martiale instaurée des années auparavant par le Président Marcos. Moonglow évoque un quotidien violent et un pouvoir corrompu : c’est le monde dans lequel vivent ses protagonistes, c’est une réalité dont il est difficile de s’extraire.

Si les personnages de Moonglow (une enquêtrice incarnée par Sandoval elle-même et un collègue qui est également son ex) doivent faire avec la réalité politique du pays, la mise en scène offre, elle, une échappée dans la fantaisie. Enchanteresses surimpressions d’orchidées, élégantes lumières léchées, séduisante utilisation du fondu enchaîné (une pratique devenue trop rare et dans laquelle Sandoval excelle), jazz hypnotique et volutes de fumée : Moonglow brille par sa capacité envoûtante à mettre en scène le désir. L’image s’échappe sans cesse du réel, convoquant tout un imaginaire de glamour hollywoodien, mais elle vient paradoxalement traduire de façon très réaliste la bulle sensuelle dans laquelle les deux personnages principaux se retrouvent.

Moonglow s’ouvre par une citation de James Baldwin : « Les gens sont enfermés dans l’Histoire et l’Histoire est enfermée en eux ». Oui – mais Dahlia n’est pas juste « les gens » : c’est une détective, c’est une femme fatale, c’est une femme mystère. C’est le genre de femme qui peut s’introduire dans un manoir en pleine nuit pour y dérober des liasses et des liasses de billets cachés dans un coffre-fort. C’est une amoureuse, c’est une amie des nonnes, c’est quelqu’un qui sait manier un gun – Isabel Sandoval compose une protagoniste plus grande que nature qui donne beaucoup de sel (et de sucre) au long métrage. Ce n’est pas le sujet du film mais, en termes de représentation, voilà qui est rare et précieux. Et comme d’autres héroïnes dans la filmographie de Sandoval, Dahlia est une héroïne qui, à sa manière et selon ses règles, tente de reprendre le pouvoir.

Le film débute par un décompte énigmatique : celui-ci nous pose, ralentit le rythme, nous invite. Il y a beaucoup de séduction dans Moonglow, il y en a dans chaque accessoire du décor, dans chaque costume soigneusement choisi, dans cette apparition coquette de titre du film au bout de cinquante minutes. Ce n’est pas de la vanité (et quand bien même : la vanité bien employée n’est pas un défaut de cinéma), c’est un spectacle beau et généreux. Alors que le pays est hanté par la violence politique, alors que la ville est dit-on « remplie de fantômes », Isabel Sandoval propose une captivante rêverie de cinéma, à la fois incarnée et délicieusement fantasmée.

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par Nicolas Bardot

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