Quels sont les films à ne pas manquer en février ? Le Polyester vous propose sa sélection de longs métrages à découvrir en salles.

• The Mastermind, Kelly Reichardt (4 février)
L’histoire : Massachussetts, 1970. Père de famille en quête d’un nouveau souffle, Mooney décide de se reconvertir dans le trafic d’œuvres d’art. Avec deux complices, il s’introduit dans un musée et dérobe des tableaux. Mais la réalité le rattrape : écouler les œuvres s’avère compliqué. Traqué, Mooney entame alors une cavale sans retour.
Pourquoi il faut le voir : Entre douceur chaleureuse et tristesse poignante, le nouveau film de l’Américaine Kelly Reichardt est une merveille dans laquelle excelle Josh O’Connor. Un long métrage d’une émotion incisive et ambitieuse, où le protagoniste va devoir repenser sa place dans sa famille et dans le monde en général.

• Le Gâteau du président, Hasan Hadi (4 février)
L’histoire : Dans l’Irak de Saddam Hussein, Lamia, 9 ans, se voit confier la lourde tâche de confectionner un gâteau pour célébrer l’anniversaire du président. Sa quête d’ingrédients, accompagnée de son ami Saeed, bouleverse son quotidien.
Pourquoi il faut le voir : Lauréat de la Caméra d’or au dernier Festival de Cannes, ce premier film irakien est une comédie dramatique dont les variations de tonalités ne l’empêchent jamais d’être harmonieusement fluide et de rester à la hauteur de sa jeune protagoniste. Hasan Hadi évite la carte postale convenue avec ce long métrage familier mais pas prévisible pour autant.

• Aucun autre choix, Park Chan-wook (11 février)
L’histoire : Cadre dans une usine de papier You Man-su est un homme heureux, il aime sa femme, ses enfants, ses chiens, sa maison. Lorsqu’il est licencié, sa vie bascule, il ne supporte pas l’idée de perdre son statut social et la vie qui va avec. Pour retrouver son bonheur perdu, il n’a aucun autre choix que d’éliminer tous ses concurrents…
Pourquoi il faut le voir : Le maître coréen est de retour et redistribue les motifs habituels de son cinéma sous la forme d’une comédie noire et mordante. Un sommet de mise en scène mais aussi de direction artistique (verra-t-on des décors plus somptueux cette année ?), adapté du roman sur lequel Costa-Gavras s’était basé pour Le Couperet.

• Urchin, Harris Dickinson (11 février)
L’histoire : À Londres, Mike vit dans la rue, il va de petits boulots en larcins, jusqu’au jour où il se fait incarcérer. À sa sortie de prison, aidé par les services sociaux, il tente de reprendre sa vie en main en combattant ses vieux démons.
Pourquoi il faut le voir : Premier long métrage en tant que réalisateur de l’acteur Harris Dickinson, Urchin se distingue par une finesse d’écriture qui donne une aspérité appréciable à ce drame social. Tout en ruptures, Urchin trouve son propre point de vue et peut compter sur l’interprétation impressionnante de Frank Dillane dans le rôle principal.

• Les Dimanches, Alauda Ruíz de Azúa (11 février)
L’histoire : Ainara, 17 ans, élève dans un lycée catholique, s’apprête à passer son bac et à choisir son futur parcours universitaire. A la surprise générale, cette brillante jeune fille annonce à sa famille qu’elle souhaite participer à une période d’intégration dans un couvent afin d’embrasser la vie de religieuse. La nouvelle prend tout le monde au dépourvu. Si le père semble se laisser convaincre par les aspirations de sa fille, pour Maite, la tante d’Ainara, cette vocation inattendue est la manifestation d’un mal plus profond…
Pourquoi il faut le voir : Doublement couronné lors de sa première mondiale au Festival de San Sebastian et tout récemment à Premiers Plans d’Angers, Les Dimanches est un très bon drame à l’interprétation remarquable, dont le scénario sait habilement allier un savoir-faire grand public et des saillies cinglantes bienvenues.

• Sainte-Marie-aux-Mines, Claude Schmitz (11 février)
L’histoire : Mutés à titre disciplinaire à Sainte-Marie-aux-Mines, en Alsace, les inspecteurs Crab et Conrad se voient confier une enquête apparemment sans difficulté : la disparition d’une bague. Mais ce qui devait être une simple formalité se transforme rapidement en affaire complexe, bouleversant la tranquille routine de ce duo de célibataires endurcis.
Pourquoi il faut le voir : Comédie irrésistible, le nouveau film du Belge Claude Schmitz (L’Autre Laurens) trouve le bon point de vue pour éviter le cynisme d’un mauvais épisode de Strip Tease. Plus tendre que moqueur, le long métrage contemple l’absurdité intégrale du monde et questionne les rôles sociaux de manière aussi impertinente qu’attachante.

• Les Voyages de Tereza, Gabriel Mascaro (11 février)
L’histoire : Tereza a vécu toute sa vie dans une petite ville industrielle d’Amazonie. Le jour venu, elle reçoit l’ordre officiel du gouvernement de s’installer dans une colonie isolée pour personnes âgées, où elles sont amenées à « profiter » de leurs dernières années. Tereza refuse ce destin imposé et décide de partir seule à l’aventure, découvrir son pays et accomplir son rêve secret…
Pourquoi il faut le voir : Grand Prix à la dernière Berlinale, Les Voyages de Tereza du Brésilien Gabriel Mascaro (auteur du formidable Divino Amor) est une chronique généreuse, entre fable SF et attachant récit picaresque. Les Voyages de Tereza est un film avec beaucoup de cœur qui évite les clichés mièvres sur les représentations de personnages âgés.

• Coutures, Alice Winocour (18 février)
L’histoire : A Paris, dans le tumulte de la Fashion Week, Maxine, une réalisatrice américaine apprend une nouvelle qui va bouleverser sa vie. Elle croise alors le chemin d’Ada, une jeune mannequin sud‐soudanaise ayant quitté son pays, et Angèle, une maquilleuse française aspirant à une autre vie. Entre ces trois femmes aux horizons pourtant si différents se tisse une solidarité insoupçonnée. Sous le vernis glamour se révèle une forme de révolte silencieuse : celle de femmes qui recousent, chacune à leur manière, les fils de leur propre histoire.
Pourquoi il faut le voir : Sous les strass, Coutures tisse les fils qui relient différentes héroïnes, incarnées entre autres par les brillantes Angelina Jolie et Ella Rumpf. La Française Alice Winocour se plonge dans les artifices (d’un tournage, d’un défilé) pour examiner les vérités de ses protagonistes et livre un film d’une remarquable fluidité d’écriture.

• Le Mystérieux regard du flamant rose, Diego Cespedes (18 février)
L’histoire : Début des années 1980, dans le désert chilien. Lidia, 11 ans, grandit au sein d’une famille flamboyante qui a trouvé refuge dans un cabaret, aux abords d’une ville minière. Quand une mystérieuse maladie mortelle commence à se propager, une rumeur affirme qu’elle se transmettrait par un simple regard. La communauté devient rapidement la cible des peurs et fantasmes collectifs. Dans ce western moderne, Lidia défend les siens.
Pourquoi il faut le voir : Lauréat du Prix Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes, Le Mystérieux regard du flamant rose est un film sur lequel plane une drôle d’atmosphère à la fois digne et rageuse. Poignante et merveilleuse, voilà une histoire de transmission queer entre générations telle qu’on aimerait en croiser plus souvent.

• Green Line, Sylvie Ballyot (18 février)
L’histoire : En animation et archives, retour sur la guerre civile du Liban, à hauteur d’enfant, sur les traces de Fida, née en 1975 à Beyrouth, qui déploie les plis de sa mémoire en interrogeant d’anciens protagonistes du conflit. Entre fureur passée et poésie de la mise en scène, un poignant récit cathartique.
Pourquoi il faut le voir : Green Line de la Française Sylvie Ballyot est un puissant documentaire hybride et intime dans lequel la parole est accueillie avec générosité, et dont les figurines inanimées évoquent les travaux documentaires de Rithy Panh ou Asmae El Moudir. Présenté en compétition à Locarno où il a été primé, ce long métrage propose 2h30 de dialogues qui demeurent vivantes d’un bout à l’autre.

• The Ugly, Yeon Sang-ho (25 février sortie décalée)
L’histoire : Aveugle de naissance, un maître artisan, admiré pour la beauté des sceaux qu’il grave, vit reclus avec son fils unique. Mais cette paix vole en éclats lorsque les ossements de sa femme, disparue quarante ans plus tôt, sont découverts. Son fils entreprend alors de mener l’enquête sur ce passé. Cette quête de vérité va dévoiler de lourds secrets, de ceux qui touchent à la laideur humaine.
Pourquoi il faut le voir : Nouveau long métrage du réalisateur entre autres de Dernier train pour Busan, The Ugly est un film dont l’esprit radicalement sombre renoue avec les réjouissants excès des débuts de Yeon Sang-ho. Le long métrage réussit le pari d’être un thriller efficace dont la tension réside exclusivement dans des scènes de dialogues, et touche du doigt un vertige absurde qui lui donne un relief particulier.

• Orwell : 2+2=5, Raoul Peck (25 février)
L’histoire : George Orwell termine ce qui sera son dernier mais plus important roman, 1984. Orwell : 2+2=5 plonge dans les derniers mois de la vie d’Orwell et dans son œuvre visionnaire pour explorer les racines des concepts troublants qu’il a révélés au monde dans son chef-d’œuvre dystopique : le double discours, le crime par la pensée, la novlangue, le spectre omniprésent de Big Brother… des vérités sociopolitiques qui résonnent encore plus puissamment aujourd’hui.
Pourquoi il faut le voir : Le réalisateur haïtien Raoul Peck, en se penchant dans l’œuvre visionnaire de George Orwell, signe un documentaire tentaculaire et d’une actualité brûlante sur les totalitarismes, la manipulation de la vérité, le négationnisme, le matraquage de la propagande. Un labyrinthe glaçant dans lequel le cinéaste accorde une précieuse confiance au public.
• Retrouvez notre dossier sur les films à ne pas manquer en janvier.
Nicolas Bardot & Gregory Coutaut
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