Critique : Justa

En 2017, une région du Portugal est ravagée par de gigantesques incendies qui emportent des forêts entières… et des vies. Quelques mois plus tard, un groupe de survivants — Justa, une fillette, son père gravement brûlé, une femme âgée devenue aveugle, un adolescent — tente tant bien que mal de se reconstruire. Chacun affronte ses traumatismes, ses silences, ses fantômes. Mais certaines expériences demeurent impossibles à partager pour ceux qui ne les ont pas traversées.

Justa
Portugal, 2025
De Teresa Villaverde

Durée : 1h48

Sortie : 25/02/2026

Note :

LES COEURS BRÛLÉS

Il aura fallu de la patience pour enfin voir revenir la cinéaste portugaise Teresa Villaverde revenir à un long métrage de fiction. Neuf ans après la présentation de son magnifique Contre ton cœur (Colo) en compétition à la Berlinale, Villaverde retrouve aujourd’hui le festival allemand en présentant Justa à la Semaine de la Critique, quelques jours avant sa sortie dans les salles françaises. De la patience, il en faut aussi pour pénétrer dans ce long métrage langoureux et parfois énigmatique, mais celles et ceux qui sont familiers du magnétisme bien particulier de la réalisatrice ne seront pas dépaysés.

Dans une forêt brûlée où ne restent que des troncs noirs et morts, une poignée de personnages se croisent autour de Justa, une fillette qui a le don particulier de s’exprimer avec un tel sérieux qu’on ne dirait même plus une adulte mais un sphinx. « J’ignore si ma fille perd la tête ou bien s’il s’agit du jeu » confie sa mère. C’est justement par un jeu que s’ouvre le film, un jeu aux règles volontiers mystérieuses, rythmé par les phrases « Tu est libre » et « Tu t’échappes ». Or, il y a justement quelque chose de l’ordre de la malédiction qui paraît planer au dessus des personnages de Justa, rares survivants d’une terre brulée où ils peinent à trouver quelle direction donner à leur quotidien.

Disons-le tout net, dans la famille slow cinéma, Villaverde n’est pas la dernière pour prendre son temps et avec ses tons gris et son opacité générale, Justa est par moment tellement hardcore qu’il frise la caricature sans pour autant y tomber. Or, ne pas avoir peur de prendre le risque du ridicule est justement ce qui différentie les grands cinéastes des bons cinéastes. Justa n’est pas l’œuvre la plus aisée de Villaverde, mais la réalisatrice n’a pas  perdu son talent pour créer, par la simple puissance de sa mise en image, d’étonnantes bulles mélancoliques hors du monde.

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par Gregory Coutaut

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