Festival de Rotterdam | Critique : Unerasable!

La politique se mêle à la survie personnelle dans ce journal qui retrace la fuite d’un cinéaste exilé fuyant la répression violente en direction de l’Occident via la Thaïlande. 

Unerasable!
Belgique/Thaïlande, 2026
De Socrates Saint-Wulfstan Drakos

Duée : 1h37

Sortie : –

Note :

RIEN NE T’EFFACE

Socrates Saint-Wulfstan Drakos n’est pas le vrai nom de la personne ayant réalisé Unerasable! (soit littérallement : Indélébile). C’est le sujet même du film qui impose l’anonymat, et pas seulement pour qui se trouve derrière la caméra. Uniquement désigné par le pseudonyme CP, le protagoniste d’Unerasable! est un cinéaste vietnamien qui s’est retrouvé harcelé par le gouvernement et torturé par la police de son pays pour avoir réalisé un film centré sur une dissidente politique. CP n’a eu d’autre choix que de fuir son pays du jour au lendemain, passer illégalement la frontière jusqu’en Thaïlande, puis plus loin encore. Huit ans plus tard, sa vie et celle de ses proches étant toujours menacée, il est contraint de déménager tous les six mois et ne peut pas montrer son visage à la caméra.

Comment faire un documentaire sur quelqu’un que l’on ne peut pas filmer ? La voix de CP est omniprésente, racontant son parcours de cinéaste, de militant puis de réfugié sans papiers, mais son visage n’est nulle part. Pour conserver son anonymat, Unerasable! utilise quelques bricolages allant de la caméra thermique à un simple cercle noir recouvrant sa tête comme un étrange éclipse. Mais la plupart du temps, ce sont des images sans CP qui composent le film. Des images brutes captées à la volée par une caméra non professionnelle, montrant des rues vivantes pleines de personnes anonymes. Ces images datant d’on ne sait trop quand, montrant des villes difficiles à identifier, génèrent une poésie au léger vertige : s’agit-il du Vietnam de son passé, de la Thaïlande ou d’un tout autre endroit ?

Viennent s’ajouter à cela des images d’une autre nature. Des extraits de films de cinéma de toute évidence anciens, mettant en scène des personnages en rébellion. Dans ce zapping-là se trouve-t-il des extraits du film maudit de CP ou simplement des films de son apprentissage cinéphile ? La formule est répétitive et ne donne pas lieu à beaucoup de variations mais elle vient également traduire la perte de repères entre le passé et le présent, l’ici et l’ailleurs, la fiction et le réel, pour un réfugié cinéphile disant « les visages de cinéma me manquent parfois plus que les vrais ». Arty, le résultat n’est pas toujours très accessible. Plus amer que coup-de-poing, ce portrait documentaire n’oublie pourtant pas sa dimension politique, rappelant le double héritage violent du colonialisme français et de la guerre américaine au Vietnam, et donnant à voir de très rares images de manifestations publiques.

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par Gregory Coutaut

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