La réalisatrice expérimentale lesbienne Barbara Hammer (1939–2019) était une icône et une pionnière. Imprégné de poésie lesbienne, ce film d’archives montre comment elle a vécu, aimé, travaillé, combattu et inspiré, tout en montrant que le privé est résolument politique.
Barbara Forever
Etats-Unis, 2026
De Brydie O’Connor
Durée : 1h42
Sortie : –
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L’ARTISTE EST PRÉSENTE
Réalisatrice expérimentale américaine, Barbara Hammer (1939-2019) est considérée comme l’une des pionnières du cinéma queer et plus précisément du cinéma lesbien. Comme elle le confie elle-même ici à travers une série d’archives audio, Hammer partait pourtant de loin et n’a découvert son homosexualité qu’assez tardivement : « A trente ans je n’avais jamais ne serait-ce qu’entendu le mot lesbienne ». Fut-ce une manière de rattraper le temps perdu si son œuvre ne tourne qu’autour du vécu lesbien ? La principale concernée n’a pas eu besoin de recul supplémentaire pour avoir une vision très claire de son but artistique : « créer une Histoire lesbienne dans un monde qui invisibilise les lesbiennes ».
Produit par Christine Vachon, le documentaire Barbara Forever revient aujourd’hui sur l’œuvre et la vie de Hammer, suivant un fil chronologique depuis sa petite enfance auprès d’une mère fan de Shirley Temple jusqu’à la reconnaissance internationale de sa fin de carrière. On peut s’interroger sur les vertus et les limites qu’il y a à rendre hommage à une artiste expérimentale à travers un film à la structure classique, qui passe sagement d’une archive personnelle à une autre, mais il se trouve que la particularité du travail de Hammer est justement d’avoir brouillé la frontière entre l’image privée et l’œuvre d’art, à tel point qu’il n’est pas toujours évident de discerner l’une de l’autre au fil du film.
Barbara Forever est ainsi majoritairement raconté à la première personne, et après tout quelle meilleure narratrice que Hammer elle-même pour expliquer son œuvre ? « Contrairement à beaucoup de cinéastes expérimentaux, je n’ai jamais voulu effacer le corps de l’image ». Le corps est en effet partout. Le sien, souvent nu qu’il soit jeune ou vieux, et celui d’autres femmes, comme dans Dyketactics, considéré comme le premier film érotique lesbien réalisé par une lesbienne. La réalisatrice Brydie O’Connor s’efface derrière cet hommage facile d’accès (il n’est pas nécessaire d’avoir des connaissances en cinéma expérimental pour l’apprécier), au point que le film ressemble parfois davantage à une page Wikipedia qu’à une œuvre toute personnelle, mais il faut reconnaitre au film un double mérite : remettre cette artiste novatrice au centre de l’attention, et lui redonner directement la parole.
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par Gregory Coutaut
