Dans une ville où le plaisir équivaut à être possédé par des êtres spirituels, Bayu aspire à devenir le shaman d’une cérémonie axée sur la transe, afin de collecter assez d’argent pour empêcher une expulsion imminente.
Levitating
Indonésie, 2026
De Wregas Bhanuteja
Durée : 1h59
Sortie : –
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L’INSTINCT D’UNE DANSE
Après une série de courts métrages sélectionnés, excusez du peu, à la Semaine de la critique, la Berlinale et Sundance, le cinéaste indonésien Wregas Bhanuteja signe le long métrage Levitating, présenté en première mondiale à Sundance. Sur le papier, Levitating ressemble à un récit d’apprentissage adolescent à la formule bien familière, mais comme nous y invite un personnage de chaman dès la première séquence, il ne faut pas hésiter à entrer « dans le monde des hallucinations ».
Le jeune Bayu est tiraillé entre l’appel d’une vie moderne dans la grande ville et le respect des traditions locales et familiales. Ces dernières consistent à faire de la musique, mais pas dans n’importe quel but. Bayu cherche en effet à devenir un chaman dont la musique au rythme répétitif permettrait aux auditeurs d’entrer dans un état de transe religieuse. Ainsi hypnotisés, les danseurs sont alors susceptibles d’entrer en communion avec les esprits d’animaux sacrés et d’obtenir de leur part des pouvoirs spéciaux. Pour réaliser son rêve, Bayu va devoir apprendre auprès d’une prêtresse sévère mais bienveillante interprétée par la chanteuse Anggun. Ce choix de casting étonnant n’est pas étranger à la dimension gentiment imprévisible et attachante du long métrage.
Cette trame d’apprentissage classique sert presque de prétexte à Wregas Bhanuteja pour opérer quelque chose de plus précieux : documenter avec respect (mais pas sans humour) d’authentiques pratiques religieuses de communautés autochtones très rarement croisées à l’écran. Le parcours initiatique de Bayu est certes convenu, mais les nombreuses scènes de danse et de transe collectives, ainsi que les visions fantastiques fugaces, apportent au film un relief inattendu et très dynamique.
Ce curieux va-et-vient entre les monde des esprits et les problèmes concrets du quotidien (l’école de musique menace d’être rachetée et rasée par des promoteurs capitalistes) s’avère un peu répétitif pour tenir toute la longueur, mais le film finit toujours par nous retendre la main à travers son mélange improbable de tendresse, d’humour, de musique, de baston et même un peu d’horreur. Un drôle de mélange qui s’avère, et c’est peut-être la surprise la plus grande, particulièrement accessible.
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par Gregory Coutaut
