Festival Black Movie | Entretien avec Zhang Lu

Primé à Busan et au programme cette semaine au Festival Black Movie, Gloaming in Luomu est une merveille signée par le Chinois Zhang Lu. Dans ce film, une jeune femme se rend dans une petite ville chinoise d’où son ex-compagnon lui a envoyé une carte postale. Gloaming in Luomu est une déambulation introspective, gracieuse et élégante, qui laisse une surprenante place à l’humour. Zhang Lu est notre invité.


La ville, ses rues et son architecture jouent un rôle important dans l’atmosphère de votre film. Pourquoi avez-vous choisi Luomu en particulier ?

Je suis tombé par hasard sur Luomu lors d’un voyage. Son atmosphère unique et pourtant indescriptible m’a captivé, si bien que j’ai abandonné ma destination initiale et j’y suis resté trois jours. C’était comme tomber amoureux – un envoutement irrésistible qui m’a lentement attiré, presque comme une destinée. Luomu existe depuis plus de 3 000 ans, et a atteint son apogée il y a plus de 300 ans avant de décliner progressivement dans une solitude tranquille. Face à un amour inoubliable et une perte irréversible, les traces du temps conservées ici servent de parfaits « témoins ».



Votre travail sur les couleurs apporte quelque chose de très doux au film, comment avez-vous abordé le style visuel – et les couleurs – de Gloaming in Luomu ?

La nuance nécessite une progression douce et ne peut coexister avec la netteté ou la brusquerie. Elle ne peut être ancrée que dans la simplicité et la chaleur. Par conséquent, le film respecte strictement les couleurs fondamentales de cet espace, utilisant des mouvements de caméra fluides pour révéler la complexité de ces couleurs à différents moments de la journée.



Il y a quelques touches d’humour dans ce film, qui est principalement un voyage introspectif. Comment avez-vous travaillé ces différents tons durant le processus d’écriture, et en particulier sur l’inclusion d’éléments plus légers dans votre film ?

L’humour fait intrinsèquement partie de la nature humaine. En restant fidèle à cette nature, l’humour devient naturellement introspectif. Extraire l’humour comme un outil autonome ne ferait que le réduire à un simple artifice. Sur de longues périodes de la vie, la tristesse et la joie s’alternent inévitablement. Cela signifie qu’en capturant les moments apparemment ordinaires entre la peine et le bonheur, la légèreté et la joie émergeront naturellement avec leur propre rythme.



Pouvez-vous nous parler de votre choix de cette pièce musicale de Debussy ?

À l’origine, la maison d’hôtes du film devait jouer la musique de Debussy dans le cadre du son diégétique. Plus tard, j’ai découvert que la musique de Debussy, en particulier le Prélude à l’après-midi d’un faune, complétait parfaitement et harmonieusement l’atmosphère du film. J’aimerais croire que l’ancienne ville de Luomu est un jour mystérieusement entrée dans les rêves de Debussy et qu’il a composé cette pièce juste pour notre film. Merci, Debussy !



Qui sont vos cinéastes de prédilection et/ou qui vous inspirent ?

Charlie Chaplin. Il m’a appris que l’aspect le plus important du cinéma est de suivre le rythme de la vie et des émotions — la peine naît de la joie, et la joie émerge de la peine. L’entrelacement de la peine et de la joie, c’est la vie, et c’est aussi le cinéma.



Entretien réalisé par Nicolas Bardot le 22 janvier 2026. Un grand merci à Yiran Song et Pascal Knoerr. Crédit portrait : Jens Koch.

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