Critique : Palestine 36

Palestine, 1936. La grande révolte arabe, destinée à faire émerger un État indépendant, se prépare alors que le territoire est sous mandat britannique.

Palestine 36
Palestine, 2026
De Annemarie Jacir

Durée : 1h59

Sortie : 14/01/2026

Note :

A L’ORIGINE

Presque dix ans se sont écoulés depuis le brillant Wajib – L’invitation au mariage, le précédent long métrage d’Annemarie Jacir. Seuls un court métrage et un épisode de série sont venus ponctuer cette absence, jusqu’à la sortie française de Palestine 36, 90 ans après les fait réels qu’il relate. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le projet de la réalisatrice palestinienne de revenir sur cette date clé de l’histoire de son pays n’est pas né des événements récents. Si cette piqure de rappel historique prend une importance encore plus cinglante et fondamentale aujourd’hui, le projet est en développement depuis longtemps et devait même à l’origine être tourné intégralement en Palestine, jusqu’à ce que la production soit contrainte de se déplacer en Jordanie.

« Ce sont les Britanniques qui sont venus sur nos terres, qui nous ont gouvernés et contrôlés, et qui ont fait des promesses contradictoires aux Arabes pour leur indépendance tout en promettant aux Juifs qui fuyaient l’antisémitisme et le fascisme européens un foyer national sur nos terres. Les Britanniques ont conservé leur emprise sur nous et nous ont empêchés de nous gouverner nous-mêmes ». C’est par ces mots que Jacir présente Palestine 36, assumant ainsi sa dimension didactique de film historique. D’ailleurs, combien de films sur l’histoire de la Palestine est-on capable de citer ?

Palestine 36 se compose de deux parties à peu près égales. La première, consacrée au rappel des rouages géopolitiques de l’époque, est sans doute celle qui souffre le plus d’une rigidité un peu empesée et surannée rappelant les récits historiques à Oscars des années 80. Images d’archives colorisées, titre de presse de l’époque : la recette est respectée sans désir de nouveauté, et la présence presque anachronique en 2026 de Jeremy Irons dans l’un des rôles principaux ne fait qu’accentuer ce sentiment. Or, celles et ceux qui connaissent le cinéma d’Annemarie Jacir savent son talent pour bâtir un cinéma populaire de qualité. Passée la nécessaire mais classique leçon d’Histoire, c’est dans sa deuxième moitié que Palestine 36 dévoile un visage plus immédiatement vivant, celle d’un quasi film d’action.

Cette succession de scènes d’attaques, explosions et moments de bravoure dénués de contexte ne cherche pas nécessairement à éviter les archétypes (on y crie au ralenti avec dignité), mais elle possède l’allant et le souffle nécessaires pour faire gonfler les voiles d’une fresque aux nombreux personnages. Cette partie du film offre également un certain vertige : si toutes ces scènes ont quelque chose de déjà vu, c’est parce qu’on a vu des situations très similaires dans les nombreux films sur les nazis ou, plus récemment, sur l’invasion américaine en Irak. C’est là que réside la réussite à la fois brutale et discrète d’Annemarie Jacir : faire mine de caresser le public en utilisant le langage familier du cinéma hollywoodien pour mieux rappeler que la situation actuelle de la Palestine est née d’un contexte dont la violente inhumanité a rarement été publiquement reconnue.

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par Gregory Coutaut

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