Un frère et une sœur découvrent un rituel terrifiant dans la maison isolée de leur nouvelle famille d’accueil.
Substitution – Bring Her Back
Australie, 2025
De Michael Philippou et Danny Philippou
Durée : 1h39
Sortie : 30/07/2025
Note : ![]()
AUPRÈS DE TOI TOUJOURS
Il y a beaucoup de films d’horreur qui se donnent pour mission de tenter de réinventer le genre ou d’y injecter quelque chose d’inédit. D’ailleurs avez-vous déjà remarqué que contrairement à tout autre genre cinématographique, un bon film d’horreur est souvent accompagné d’un compliment un peu condescendant du style « l’horreur est enfin de retour », comme si le genre était en danger de disparaitre quelque part et qu’il n’y avait pas d’excellents films d’horreur chaque année. La crédibilité du genre ne se trouverait-elle que dans une nécessité de renouvellement, comme pour s’excuser d’être seulement de l’horreur ? Face à ces films du renouveau, il y a pourtant de très bonnes œuvres qui ne cherchent pas à réinventer la roue et traduisent au contraire un plaisir évident et contagieux à célébrer le genre pour ce qu’il est. Substitution – Bring Her Back est de ceux-ci.
Cela ne veut pas dire pour autant que le film ne possède pas ses surprises. La maison dans laquelle se déroule la quasi totalité de ce récit macabre ressemble surtout à un contrepied des archétypales demeures hantées du genre. C’est un foyer solaire et coloré, dont le gentil bordel accumulé çà et là sent tout simplement plus le vécu que le plateau de cinéma (la direction artistique est un succès discret qui mérite d’être souligné). Il s’agit d’ailleurs très littéralement d’une « maison d’accueil » pour les deux jeunes protagonistes qui viennent d’être adoptés par Laura. Bring Her Back, ramenez -la, nous demande le titre original du film, sans que l’on sache très bien s’il s’agit d’un ordre menaçant ou d’une chaleureuse supplication. Méfions-nous avant d’y voir un cri du cœur, car après tout La Main (titre français de l’excellent premier film des frères australiens Philippou) n’était déjà pas vraiment une main tendue dans la détresse.
La sortie quasi simultanée sur nos écrans d’Evanouis et Substitution – Bring Her Back a peut-être joué un tour à ce dernier, ou en tout cas au personnage de Laura. Difficile en effet de ne pas se voir éclipser par l’inoubliable Tante Gladys du film de Zach Cregger, créature à la fois camp et terrifiante. Un peu plus normale en comparaison (c’est inévitable), Laura est pourtant l’une des grandes méchantes de l’année. Sally Hawkins, très inattendue dans un registre si brutal, compose l’une des meilleures performance de 2025 avec ce personnages dont les nuances (hippie larguée, irrésistible tata zinzin, garce passive agressive et ogresse avide de torture à la fois) débordent généreusement des habituels archétypes des mamans sorcières du cinéma fantastique. La décision de caster cette excellente actrice, trop souvent cantonnée aux rôles de souris fragiles dans des comédies dramatiques, apporte déjé un réjouissant relief saugrenu au film.
Les frères Philippou confirment leur talent pour écrire des personnages plus crédibles qu’ailleurs, et pour bâtir un rythme malin qui laisse à ces derniers le temps d’exister mais qui sait aussi faire surgir les éclats choc (les spectatrices et spectateurs sensibles des dents risquent de ne pas oublier une certaine séquence). Les mauvais réalisateurs d’horreur feraient d’ailleurs bien de prendre de la graine des frères Philippou pour parvenir à distinguer comme eux les effets saisissants des paresseux jump scares. Sous ses airs classiques, Substitution – Bring Her Back fait preuve d’un vrai savoir-faire et d’un propos plus profond qu’ailleurs. Comme La Main, Substitution est aussi un film sur l’adolescence, sur ce mélange amer de solitude et de besoin de connections. Même au sein d’une douce maisonnée d’accueil, l’adolescence est un champs de mine rempli de cauchemars, dont aucun happy end artificiel (encore un contrepied rafraichissant) ne permet de sortir vraiment indemne.
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par Gregory Coutaut
