Festival de Locarno | Critique : Balearic

Trois chiens féroces retiennent des jeunes gens prisonnièr·e·s dans la piscine d’une luxueuse propriété dans laquelle ils et elles se sont introduit·e·s, tandis que les voisin·e·s se réunissent dans une villa toute proche pour célébrer le début de l’été. C’est la veille de la Saint-Jean, un jour propice à la magie.

Balearic
Espagne, 2025
De Ion de Sosa

Durée : 1h14

Sortie : –

Note :

UN ÉTÉ D’ENFER

« Je veux mourir » sont les premières paroles qui viennent à l’esprit d’un adolescent lorsqu’on lui demande de composer un tube de l’été. C’est dit avec légèreté, entre deux éclats de rires – mais c’est néanmoins dit. Balearic n’est pourtant pas un film placé sous le signe évident de la déprime : il s’ouvre d’ailleurs par des scènes de vacances ensoleillées. Des jeunes gens, des tenues de plage, un début d’été. Cela pourrait être un récit d’apprentissage, ou un slasher en camping. L’Espagnol Ion de Sosa choisit un genre plus que l’autre, mais Balearic est suffisamment surprenant pour ne pas obéir à une formule très identifiée.

Une maison qui n’était pas là apparaît dans les bois comme par magie. En une réplique et quelques plans, Ion de Sosa sait avec talent suggérer que quelque chose est anormal, voire surnaturel. Là encore le film parvient à mêler les registres. Tout est sujet à blague jusqu’à ce que plus personne n’ait envie de rire – exactement comme dans les meilleures légendes urbaines. Le grain chaleureux de l’image, le bruit berçant du vent chaud, puis le net et brutal basculement vers l’horreur : les contrastes sont forts et efficaces dans Balearic. En parlant de contrastes, le film est d’ailleurs construit en deux parties distinctes, reliées néanmoins entre elles par un cri.

Tandis que là-bas une villa paradisiaque se retrouve encerclée par des cerbères de l’enfer, ici une autre villa accueille des personnes plus âgées. Pas de soucis pour elles : ça parle yoga et méditation, ça trinque en attendant que la paella soit prête. Il flotte pourtant la même tension morbide, dont la dimension absurde est accentuée. Les visages sont déformés à travers une vitre colorée, les protagonistes ressemblent à des monstres, une statue à l’effigie du patriarche est en train de fondre. Des vieux bourgeois dansent dans les cendres tandis qu’un feu de forêt s’est déclaré – cette vision grinçante semble sortie d’un long métrage de Daniel Hoesl. Balearic peut être cryptique, mais on a vu suffisamment de films sur le sujet cette année pour sentir ici une nouvelle allégorie d’une jeune génération sacrifiée tandis que les vieux démons continuent de danser sur un volcan.

La richesse de Balearic est de ne jamais être aussi littéral, quitte à se diluer un peu trop dans son second segment. Le film garde néanmoins pour lui son sens magnétique du mystère, qu’il s’agisse de la temporalité des deux histoires, ou de clins d’œil macabres et fantaisistes (la décoration du plat à paella est une idée que l’on aurait pu trouver dans un épisode de Freddy). Sans être purement un film d’horreur (à l’exception d’une scène), Balearic raconte un récit violent, aux motifs horrifiques (à l’image du plan final façon Sleepaway Camp) qui infusent une réalité aseptisée de force : mais le chlore de l’eau bleue a vite fait de changer de couleur lorsqu’on y verse quelques gouttes de sang.

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par Nicolas Bardot

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