Festival de Locarno | Critique : Don’t Let Me Die

Maria erre dans une ville balnéaire en attendant l’enterrement de sa voisine énigmatique, Isabela. Alors que les nuits s’allongent, elle adopte les chiens errants d’Isabela, rencontre son fils et croise un bûcheron qui a peur du sommeil…

Don’t Let Me Die
Roumanie, 2025
De Andrei Epure

Durée : 1h48

Sortie : –

Note :

LA MORTE-VIVANTE

Une femme seule dont on perçoit le reflet dans l’eau mais dont on distingue à peine les traits dans la nuit profonde : les vivantes ne sont pas encore mortes qu’elles ressemblent déjà à des fantômes dans Don’t Let Me Die, premier long métrage du Roumain Andrei Epure. L’atmosphère nocturne est menaçante mais elle n’est guère plus chaleureuse en journée, lorsqu’on retrouve le corps sans vie d’une voisine. Une vision puissante et glaçante : un corps emballé dans une couverture dorée, des fleurs posées devant elle. Isabela est une voisine et une inconnue, une énigme dans laquelle Maria (interprétée par la magnétique Cosmina Stratan, révélée dans Au-delà des collines qui lui a valu le prix d’interprétation à Cannes) va plonger.

Les vendeurs de cercueils, les médecins, les flics : tout le monde a un rapport froid et distancé à la mort. Mais il y a visiblement quelque chose qui intrigue Maria dans cette triste fin. Derrière les couleurs délavées un peu attendues du cinéma roumain, il y a un mélange plus imprévu entre drame sombre, absurdité pince-sans-rire et tension fantastique. Les motifs fantomatiques s’accumulent, des chiens cerbères inquiètent, quelques notes ou un simple sifflement composent une mélodie étrange : le fantastique minimaliste d’Andrei Epure apporte une perspective sensible et singulière. Car derrière le mystère d’Isabela, il y a celui de Maria : de sa silhouette fantôme à elle, de ce qui la poursuit la nuit, elle dont on sait aussi peu qu’on en sait sur la voisine morte.

On peut regretter qu’à partir de tels outils, Don’t Let Me Die ne soit pas davantage intranquille et que la progression du film manque parfois à nos yeux d’efficacité. Mais il y a un sacré sens de l’atmosphère dans ce premier essai prometteur, dont l’économie d’explications sert de stimulant réservoir narratif. Est-ce là une exploration de la solitude de Maria ? De sa culpabilité ? S’agit-il d’une hantise ou au contraire d’un sentiment libérateur ? Saisissant ici de manière remarquable les lignes du décor, utilisant là de façon bluffante un fondu où la superposition des traits évoque Psychose, Don’t Let Me Die tend peu à peu vers du vrai gothique à grand souffle. Ce film hanté s’éloigne de la formule roumaine familière et se montre tout à fait inspiré.

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par Nicolas Bardot

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