Critique : My Father’s Son

Qiao, 18 ans, vient de terminer ses examens d’entrée à l’université lorsqu’il apprend la mort de son père, un homme brutal et secret, qui lui a légué sa passion pour la boxe. Des années plus tard, devenu ingénieur, Qiao développe un logiciel d’entraînement de boxe utilisant l’intelligence artificielle. Il modélise un adversaire virtuel reprenant les traits de son père, qui bientôt lui échappe…

My Father’s Son
Chine, 2025
De Qiu Sheng

Durée : 1h44

Sortie : 23/07/2025

Note :

LE FILS DE SON PÈRE

Le cinéaste Qiu Sheng s’est distingué il y a quelques années avec un rayonnant premier long métrage, Suburban Birds, qui est malheureusement resté inédit dans les salles françaises. Ce film mystérieux, poétique et visuellement renversant figure dans notre dossier consacré aux révélations les plus frappantes de ces dernières années. My Father’s Son, son nouveau long métrage, nous a paru plus sage, probablement plus grand public, mais on peut sentir pratiquement à chaque plan qu’il y a derrière la caméra un cinéaste avec un point de vue, qui se questionne avec intelligence sur la manière d’exprimer et d’articuler formellement son récit.

My Father’s Son pourrait se prendre les pieds dans deux imaginaires de cinéma souvent soumis aux clichés : les films de relations père-fils et les films de boxe. My Father’s Son s’ouvre sur des cuisses de boxeur, en un cut nous traversons le temps à nouveau vers des images de boxe, la boxe lie le père et le fils mais le film échappe assez correctement aux motifs figés. Il y a au contraire quelque chose de mouvant et de fluide dans la narration de Qiu Sheng, dans ce film où l’eau est un élément important à l’image de Suburban Birds. Le jeune héros de My Father’s Son a perdu son père ; le lien qui unissait les deux est complexe et leur relation contrariée. Comment, une fois que le père a disparu, faire avec l’amertume, les échecs et les regrets ?

« Les gens naissent et meurent, c’est naturel », entend-on dans My Father’s Son – si seulement les choses pouvaient être aussi faciles. My Father’s Son se situe toujours dans un entre-deux, entre les souvenirs et un présent qui semble futuriste, entre la vérité des corps éprouvés et un monde de plus en plus artificiel. C’est là et dans la mélancolie de la ville qu’évolue le protagoniste, tandis que l’intelligence artificielle et la possibilité de recréer ce que l’on veut – un père mort par exemple – vient ouvrir une autre porte de la perception. Dans My Father’s Son, on emprunte le chemin d’une rivière souterraine, on découvre un temple secret. Comment dans Suburban Birds, le monde est rempli de secrets, et jamais aussi simple que le veulent les conventions sociales.

Pourtant, on rappelle au jeune héros ce qu’« un fils doit faire ». Qiu Sheng répond par un labyrinthe sensoriel, la caméra zoome et dézoome comme dans son précédent film, les enchainements sont vifs, et lors d’une vision puissante un fantôme surgit d’une eau sombre. Travaillé par le deuil, Qiao est un personnage hanté dépeint avec grâce par le cinéaste qui confirme sa grande habileté formelle. Dans un musée d’histoire naturelle, on examine les ossements d’animaux disparus. Dehors, la ville moderne semble échapper à la réalité. A travers ce récit de (dés-)apprentissage, Qiu Sheng dépeint une perte de repères qui laisse une place précieuse à l’indicible et à l’irrésolu.

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par Nicolas Bardot

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