La trajectoire intime d’une famille dont les parents se séparent. En l’espace d’une année, entre légèreté de l’instant et profondeur des sentiments, se tisse un portrait doux-amer de l’amour, traversé de fragments tendres, joyeux, parfois mélancoliques. Un regard sensible sur la beauté discrète du quotidien et le flot des souvenirs qui s’égrènent au rythme des saisons.
L’Amour qu’il nous reste
Islande, 2025
De Hlynur Pálmason
Durée : 1h49
Sortie : 17/12/2025
Note : ![]()
TOUT C’QUI NOUS SÉPARE
Des gosses, un chien, une partie de basket en fin de journée : la famille représentée dans L’Amour qu’il nous reste ressemble à n’importe quelle famille. Et comme tant d’autres familles, celle-ci est un échec : papa et maman se séparent. Cette séparation est à peine dite mais la subtile écriture de l’Islandais Hlynur Pálmason est suffisamment éloquente, et l’on peut être reconnaissant vis-à-vis du cinéaste car ce dernier fait, tout au long du film, confiance en l’intelligence de ses spectatrices et spectateurs et n’a jamais vraiment recours à des démonstrations scolaires.
L’Amour qu’il nous reste compose ainsi un portrait familial cassé, mais plutôt que des scènes factuelles de déchirements ou de tendresse, Pálmason illustre plutôt ce qui est ressenti. Comment, en termes visuels, représenter la peur irrationnelle, les mauvaises pensées des protagonistes, l’absurdité qui semble régir l’existence – même quand on imagine celle-ci parfaitement réglée ? Comment mettre en scène des sentiments plus grands que le quotidien ? Le ton de L’Amour qu’il nous reste est toujours libre, et si le film n’est jamais aussi radical que son premier essai Winter Brothers, Hlynur Pálmason infuse dans un cadre relativement grand public une bonne dose de personnalité et d’originalité.
Dans L’Amour qu’il nous reste, on assiste en quelques plans à la vie d’un poussin qui devient un coq avant de disparaître. Pálmason aime mesurer le temps qui passe et joue avec les échelles de manière à la fois ludique et poignante. Des inventaires de la vie, le quotidien des hommes et des femmes à l’ombre de la nature, des plans de baies ici, de champignons là. Le temps passe et passe et passe encore comme dans ces plans répétés autour d’un épouvantail immobile – finira-t-il par remuer ? C’est improbable mais cela peut arriver, à l’image des surprenantes touches d’horreur qui s’invitent dans le récit (à la télé avec L’Étrange créature du lac noir ou dans un coin de cuisine où trainent des couteaux aiguisés). Oui, le récit d’une famille disloquée peut tourner au film d’horreur, mais là encore c’est une perspective sensible et poétique. Car rien n’est si littéral dans L’Amour qu’il nous reste : tout est sérieux et rien n’est si sérieux.
Le long métrage s’ouvre par de surprenantes images d’une maison vidée et dont le toit s’envole. C’est, là encore, quelque chose de très concret (s’agit-il de travaux ? d’une destruction ?), mais difficile de dire précisément ce qui se passe et pourquoi. On ressent pourtant ce qui cloche dans le foyer, qui peut être cosy et rempli de tension, baigné dans une lumière qui parvient à être à la fois chaleureuse et triste. Les cadres inventifs ne le sont pas par simple vanité : la mise en scène expressive de Hlynur Pálmason réussit à rendre vivant et émouvant un sujet qu’on pourrait penser figé ou rebattu.
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par Nicolas Bardot
