La 59e édition du Festival de Karlovy Vary s’est achevée ce weekend et vous avez pu la suivre quotidiennement sur Le Polyester. Le festival a proposé dans sa sélection plusieurs courts métrages dont nous vous avons déjà dit beaucoup de bien par le passé (tel le très original Stone of Destiny), et nous vous présentons en complément un focus sur 5 coups de cœur parmi ceux que nous avons découverts sur place.

• 1:10, Sinan Taner (Suisse)
L’histoire : Une journée sportive ordinaire dans une école primaire. Un conflit apparemment trivial entre deux jeunes footballeurs déclenche une série d’événements qui culminent en un affrontement violent entre des adultes.
Pourquoi on l’aime : Composé d’une série de courtes scènes filmées en hauteur et à distance comme par des caméras de surveillance, 1:10 ressemble d’abord à la dissection méticuleuse d’un fait divers. C’est pourtant toute une variation de tons inattendue qui se déploie à travers cette drôle de loupe : la brutalité et la rébellion y deviennent absurde et grotesque telle une danse saugrenue.

• Greek Apricots, Jan Krevatin (Croatie/Slovénie)
L’histoire : Au départ, il semble que le service de nuit de Mak dans une station-service sera aussi inintéressant que tous ses précédents quarts. Mais l’ennui somnolent est soudainement interrompu par l’arrivée de Nada, conductrice de camion. La conversation routinière entre le vendeur et la cliente devient amicale lorsqu’ils découvrent qu’ils viennent tous deux de Macédoine – du même village, en fait.
Pourquoi on l’aime : Dans un lieu anonyme au possible (une station service déserte en pleine nuit), deux solitaires se rencontrent et redessinent une carte de l’Europe à travers leur discussion faite de souvenirs communs. La recette douce-amère parait simple, mais il faut du talent pour parvenir à doser avec justesse la chaleur humaine sans tomber dans la mièvrerie.

• January, Jetske Lieber (Pays-Bas)
L’histoire : Willem vient de traverser une rupture, et janvier est le mois où tout fait un peu plus mal. Jour après jour, nous le regardons se reconstituer.
Pourquoi on l’aime : Garçon queer d’Amsterdam, Willem a tout pour plaire et pourtant c’est la mouise, et tant mieux pour nous. Les jours du mois de janvier se suivent et son quotidien tangue entre dépression et renaissance. Il se dégage beaucoup de charme de cette tendre vignette, sorte d’anti récit d’apprentissage au protagoniste gentiment pathétique et attachant à la fois.

• Perseidas, Natalia del Mar Kašik (Autriche)
L’histoire : C’est une douce soirée d’été ; nous entendons le bourdonnement des insectes et les rires des filles. Pourtant, les Perséides du titre restent à la périphérie ; la forêt nocturne n’est pas illuminée par des comètes, mais plutôt par des torches et la lueur des cigarettes.
Pourquoi on l’aime : On ne voit pas forcément beaucoup de choses dans cette promenade champêtre nocturne éclairée à la lampe de poche. Notre ouïe est en revanche mise à contribution, invitée à suivre les rires mystérieux et charmants de ces créatures féminines qui traversent l’écran noir comme des étoiles filantes. Une expérience sensorielle énigmatique sans dialogue.

• Skin on Skin, Simon Schneckenburger (Allemagne)
L’histoire : Brutal mais parfaitement impersonnel, presque stérile. Tel est l’abattoir où les vies de deux hommes (Jakob le gardien de sécurité Jakob et Boris l’employé) se rencontrent. Dans cet endroit où les animaux sont transformés en viande, une autre forme de mal grandit, le type de mal qui se joue entre les gens.
Pourquoi on l’aime : Faire cohabiter le romantisme poignant d’une romance gay impossible et l’analyse sociale cinglante d’un abattoir où sont exploités des réfugiés ? Une telle harmonie semblait inatteignable sur le papier mais l’écriture à la fois économe, incisive et nerveuse permet à ce film coup de poing d’atteindre des sommets. D’ores et déjà l’un des meilleurs courts métrages de l’année.
Gregory Coutaut
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