Critique : Sorda

Sourde de naissance, Angela attend son premier enfant. Malgré le soutien de son compagnon, elle s’inquiète : saura-t-elle créer un lien avec sa fille ?Comment apprendre à devenir mère dans un monde qui oublie souvent d’inclure ceux qui n’entendent pas ?

Sorda
Espagne, 2025
De Eva Libertad

Durée : 1h39

Sortie : 29/04/2026

Note :

OÙ VONT LES SONS ?

Des bruits de pas dans la nature, le chant des oiseaux, la mélodie d’un cours d’eau : c’est avant tout par le son que l’on entre dans Sorda. Prix du public au Panorama de la Berlinale, Sorda est un récit intime pour la réalisatrice espagnole Eva Libertad, qui filme ici sa sœur atteinte de surdité. C’est une fiction, à partir d’un sujet qu’elle a déjà abordé dans son court métrage du même nom, mais ce film s’attache à un certain réalisme et aux situations auxquelles les protagonistes sont confronté.es au quotidien.

Ángela est enceinte : c’est un événement dans la vie de son couple, mais cette grossesse est partie pour ressembler à toutes les grossesses. On discute du prénom idéal et de leur sonorité, du moment idéal où l’on annonce la nouvelle à la famille – pas de véritable drame en vue. L’écriture d’Eva Libertad examine avec finesse la place prise au quotidien par la surdité de son héroïne : quelles questions se posent malgré tout dans un monde fait en premier lieu pour celles et ceux qui entendent ?

Sorda traite avec tendresse du cas particulier d’Ángela, mais aussi de ce qui peut être plus universel : la transmission, le lien mère-fille, les micro-aggressions adressées à une jeune mère et les frustrations qui vont avec. Le film adopte néanmoins la perspective de son héroïne : à la solitude d’une mère s’ajoute celle d’une femme isolée par sa surdité. Cette amertume donne un relief sensible au long métrage, où l’on est témoin de la manière dont le cocon (qu’il soit amoureux, familial, rural) se retrouve percé et blessé. Cette perspective est adoptée jusqu’à un dernier segment où le traitement du son nous rapproche au plus près d’Ángela, un parti pris soulignant les épreuves imposées par une société validiste.

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par Nicolas Bardot

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