Critique : Put Your Soul on Your Hand and Walk

Put Your Soul on Your Hand and Walk est ma réponse en tant que cinéaste, aux massacres en cours des Palestiniens. Un miracle a eu lieu lorsque j’ai trouvé Fatem Hassona, présentée à moi par un ami palestinien. Depuis, elle m’a prêté ses yeux pour voir Gaza où elle résistait en documentant la guerre, et moi, je suis devenue un lien entre elle et le reste du monde, depuis sa « prison de Gaza » comme elle le disait. 

Put Your Soul on Your Hand and Walk
Palestine/Iran, 2025
De Sepideh Farsi

Durée : 1h50

Sortie : 24/09/2025

Note :

TOUT CE QUI NOUS SEPARE

Dans Put Your Soul on Your Hand and Walk (à ne pas confondre avec la comédie autrichienne If You Are Afraid You Put Your Heart Into Your Mouth and Smile dévoilée en début d’année à la Berlinale), il y a deux femmes en miroir, la réalisatrice et son sujet. La première, Sepideh Farsi (qui signait il y a deux ans le film d’animation La Sirène) est iranienne et exilée. La deuxième, Fatem Hassona, est une journaliste palestinienne. L’une ne peut envisager de revenir dans son pays, l’autre n’a jamais été capable de quitter le sien. Ce documentaire aurait pu être composé d’une simple série d’entretiens mais la démarche de Farsi est différente : la majeure partie du temps, elle laisse Hassona composer ses propres monologues et filmer ce qu’elle souhaite montrer de la vie à Gaza.

La vie ou plutôt la survie, car même l’immeuble où réside la journaliste n’est plus qu’une ruine où elle n’a même plus une pièce à elle. Il n’y a tellement rien autour d’elle qui ressemble à un lieu de vie qu’on se demande comment elle peut ne serait-ce qu’avoir le réseau et l’électricité nécessaire pour participer à cet échange de vidéos. Ce point est d’ailleurs abordé par les protagonistes, et c’est l’occasion de mentionner ce qui est certes peu de choses par rapport à la gravité du sujet mais qui fait partie intégrante du film : sa forme particulièrement brute et bricolée (pour ne pas dire mal fichue). Ces galères techniques viennent certes souligner tout ce qui sépare ces deux femmes, mais on peut aussi s’étonner que la réalisatrice, d’ailleurs régulièrement interrompue par son chat, fasse le choix d’utiliser un téléphone pour filmer un autre téléphone ou son écran d’ordinateur qui se retrouvent dès lors pleins de reflets et de grésillements.

En dépit de la tragédie qui l’entoure au quotidien (elle explique avoir perdu 13 membres de sa famille), Hassona ne se départit jamais d’un sourire éclatant, et partage même avec gourmandise ses projets d’avenir. Jamais naïf, son inébranlable foi dans le futur donne au film un relief chaleureux inattendu. Impossible cependant de parler de Put Your Soul… sans mentionner ce qui n’est pourtant pas dans le film. Le lendemain de l’annonce de la sélection du film à Cannes, Fatem Hassona a été tuée suite à une attaque israélienne. Sepideh Farsi a souhaité que leur collaboration soit montrée telle quelle. « Je n’ai rien changé ni ajouté, mais ce n’est plus le même film » expliquait-elle aux premiers spectateurs du film. Cette nouvelle dimension vient bien sûr apporter un relief encore plus poignant à cette vive leçon d’espoir insubmersible.

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par Gregory Coutaut

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