Les 15 meilleurs courts métrages du Festival de Locarno 2025

La Festival de Locarno s’est distingué, comme à son habitude, par une brillante sélection de courts métrages. Outre 1:10 du Suisse Sinan Taner qui figurait déjà dans notre dossier consacré au Festival de Karlovy Vary, voici les 15 courts que nous avons préférés toutes sections confondues.



 Goats ! | Tonći Gaćina (Croatie)
L’histoire : Sur une île de l’Adriatique, les chèvres vivent en liberté depuis 40 ans après l’échec d’un projet agricole. Désormais perçues comme un problème, elles sont violemment abattues par des hommes armés venus rétablir « l’équilibre naturel », justifiant ainsi la violence.
Pourquoi on l’aime : Ce pourrait être les pages d’un album jeunesse, avec des chèvres et des biquets vivant paisiblement sur une île. Sous couvert de reprendre le contrôle du lieu, les humains s’invitent dans le cadre, et évidemment le chaos avec eux. Sans plus d’explication, le cinéaste filme l’enfer industriel et souligne la pure bêtise et la laideur insondable de l’humanité.



 Hyena | Altay Ulan Yang (États-Unis)
L’histoire : Dans un château isolé, des étudiants préparent un examen qui va changer leur vie. Alors que l’impatience est à son comble, une tempête éclate. Piégés par des murs en ruine, leur sanctuaire universitaire devient une prison et les esprits commencent à flancher.
Pourquoi on l’aime : Distinguée au palmarès, cette allégorie de la course à la performance universitaire prend la forme d’un conte caché dans les ombres profondes d’un château gothique. Altay Ulan Yang dépeint un système déshumanisant qui favorise le réveil des monstres dans ce film riche de ses imprévisibles tonalités : tension punk et beat hip-hop, motifs merveilleux et fable d’horreur.



 Hysterical Fit of Laughter | Dušan Zorić & Matija Gluščević (Serbie, Croatie)
L’histoire : Une femme enjouée d’un certain âge aime se livrer à la brutalité avec différents hommes. Son fils tente de gâcher le plaisir.
Pourquoi on l’aime : Remarqués avec le formidable Have You Seen This Woman ? qui était déjà un sacré ovni, le duo de cinéastes confirme sa personnalité à part avec cette farce sur une mamie pas comme les autres. Ses pratiques SM ne vous plaisent pas ? Elle vous emmerde et vous rit au nez. La comédie malaise devient un surprenant récit d’émancipation dont la dimension percutante vient notamment de sa concision. Comme si l’héroïne nous prévenait : « pas d’explication, ça ira merci ».



 I’m Not Sure | Luisa Zürcher (Suisse)
L’histoire : Aperçu d’un séjour à l’hôpital de la cinéaste, où elle vit sans cesse des moments absurdes et drôles, entre douleurs, nostalgie et dégoût. Un trip émotionnel à travers les longs couloirs souterrains de l’hôpital, avec beaucoup de small talk et de tuyaux.
Pourquoi on l’aime : L’animatrice Luisa Zürcher raconte à la première personne un souvenir de séjour hospitalier où tout le monde lui demande ce qu’elle fait comme « vrai métier ». La superposition de croquis à la simplicité humoristique sur des très gros plans de peau crée un drôle de contraste épousant une double perte de repères : celle d’un corps qui ne fonctionne plus comme il l’a toujours fait, et celle d’une place floue dans la hiérarchie sociale.



 Jolie petite histoire | Élodie Beaumont Tarillon (France)
L’histoire : Un soir d’hiver 95, Carole fait comme Cendrillon dans la chanson : elle part, laissant derrière elle un mari violent et trois enfants. Il faut se méfier des princes charmants.
Pourquoi on l’aime : Une femme, une mère, une épouse et un total mystère. La cinéaste française raconte la disparition de sa mère et retrace la mémoire familiale à travers les vidéos d’époque, des maquettes, ou une chanson (Cendrillon de Téléphone) qui, sans le savoir, parle d’elle. En moins d’une demi heure, c’est un portrait profond qui est composé, forcément parcellaire, dont les interrogations sont à la fois vertigineuses et bouleversantes.



 Noirs matins | David Gonseth (Suisse)
L’histoire : Deux jeunes frères emménagent avec leurs parents dans une nouvelle maison. Très vite, le cadet remarque que quelque chose ne va pas dans ce quotidien pourtant ordinaire.
Pourquoi on l’aime : A travers des scènes courtes et une place laissée au silence, le cinéaste parvient à suggérer l’abus sexuel et pose de fines questions sur sa représentation. Noirs matins tire sa force de son épure naturaliste, de son choix de la soustraction pour dépeindre un drame dévastateur, et raconte de façon poignante l’indicible violence à l’âge des peluches dans le lit.



 Once in a Body | María Cristina Pérez (Colombie)
L’histoire : Aux prises avec un être étrange qui vit en elle, une femme cherche à se réconcilier avec sa sœur au sujet d’un incident datant de leur adolescence. En explorant leurs expériences corporelles communes, elle parvient à affronter la nature de ce qui l’habite.
Pourquoi on l’aime : Plongée dans la psyché mais aussi le corps d’une femme confrontée à un traumatisme familial, Once in a Body explore de manière sensorielle ce qu’on a d’enfoui en soi et qui « empêche d’entendre le monde ». Ce film à l’animation dynamique, à la fois fluide et avec de l’aspérité, est porté par une singulière et émouvante tension à la fois très psychologique et très physique.



 Peninsula | David Gašo (Croatie)
L’histoire : Un week-end dans le parc municipal est consacré à des activités récréatives. Pendant 20 minutes, plusieurs hommes cherchent un moyen de passer le temps dans un lieu de drague, situé au cœur d’un petit bosquet péninsulaire.
Pourquoi on l’aime : Le soleil dans le ciel bleu, les bruits de fête au loin. Mais tout se passe pourtant ici, juste là : dans un bois ombragé devenu lieu de rencontres entre hommes. La caméra fixe reste à distance, on ne voit pas forcément mais on ressent (presque) tout. Le film a cette tension propre au va-et-vient du cruising, le temps se déroule jusqu’à ce qu’une limace glisse sur l’objectif de la caméra. Loin du monde, et pourtant on est persuadé que le centre du monde est là.



 Primary Education | Aria Sánchez & Marina Meira (Cuba)
L’histoire : La voix de Daniela doit être complètement reposée avant qu’elle puisse l’utiliser à nouveau. Les adultes étant incapables de gérer la situation, ses camarades de classe voient là l’occasion rêvée de la faire taire pour de bon.
Pourquoi on l’aime : On croit voir d’où vient et où va ce récit de fillettes mises en concurrence comme dans 1001 récits écoliers. Il y a pourtant une énigme étrange et magnétique derrière Primary Education, comédie cruelle et absurde traversée par une tension horrifique sous-jacente. Ce lieu vide et défraichi semble aspirer quelque chose des fillettes, petites chanteuses réduites au silence et poupées figées au rictus glaçant.



 Qui part à la chasse | Lea Favre (Suisse)
L’histoire : Aujourd’hui, Lea part à la recherche d’un sujet pour un film documentaire. Quand elle croit enfin tenir sa proie, la situation s’inverse : la chasseuse devient la cible.
Pourquoi on l’aime : Primée au festival de Cracovie, cette étonnante vignette en stop motion parvient à combiner avec succès des apparences inoffensives et un malaise certain en abordant la question du harcèlement de rue. Avec ce court tout public, doux sans être naïf, intense sans devenir éprouvant, la très jeune cinéaste suisse Lea Favre témoigne déjà d’une manière bien à elle de parler de choses graves sans en avoir l’air.



 Randaghi | Enrico Motti & Emanuele Motti (Italie)
L’histoire : Nico décide de suivre Livio qu’il a rencontré par hasard. Le chemin semble tout tracé, mais la conscience de leur liberté d’esprit va les faire grandir, jusqu’à abandonner leurs derniers liens avec un monde matériel dont ils ne font plus partie.
Pourquoi on l’aime : Deux garçons solitaires se rencontrent dans un lieu mystérieux. L’absence d’explication (qui sont-ils ? Où sont-ils ?) constitue un bon moteur narratif pour ce film dont l’animation possède un remarquable relief. La brutalité renfrognée de Randaghi et les saisissantes effusions de violence étourdissent et laissent une place précieuse aux interprétations.



 Silence | Eduardo Casanova (Espagne)
L’histoire : Dans les ténèbres de l’histoire, un secret bat comme un pouls. Un groupe de sœurs vampires survit à la pénurie de « sang humain pur » due à la peste noire, mais le véritable poison est le silence qui les entoure.
Pourquoi on l’aime : Dans ce moyen métrage de presque une heure, pensé initialement comme une mini-série, le cinéaste espagnol Eduardo Casanova (La Pietà) parvient à combiner des contraires forts (le 14e siècle et les années 80, le tragique et la bouffonnerie, le fantastique et le politique). Le résultat est une comédie punk puissamment flamboyante où le camp s’écrit en majuscule.



 Slet 1988 | Marta Popivoda (Allemagne)
L’histoire : La danseuse Sonja Vukićević, 74 ans, évolue dans des espaces socialistes-modernistes, en écho au dernier spectacle de masse en Yougoslavie. Mêlé au journal tenu par une adolescente de 1988, le film retrace le passage du collectivisme socialiste au nationalisme émergeant.
Pourquoi on l’aime : Remarquée avec son passionnant Landscapes of Resistance, la Serbe Marta Popivoda se plonge à nouveau dans les fantômes de l’Histoire avec ce qui, à première vue, ressemble à une simple célébration. Mais nous sommes à l’avant-veille de la guerre dans la désormais ex-Yougoslavie et, au bord du volcan, tout semble hanté : les danses en VHS, le journal d’une adolescente, les plan architecturaux d’aujourd’hui. Et à l’image de Landscapes, le passé violent ne semble jamais si lointain.



 Une fenêtre plein sud | Lkhagvadulam Purev-Ochir (France, Mongolie)
L’histoire : Azaa et Shagai, bientôt 30 ans, vivent à Oulan-Bator avec leur fille de six ans. Au bord de la rupture, le couple cherche un bonheur perdu en visitant des appartements vides. Alors que leur voiture est coincée dans des embouteillages monstrueux, la dispute éclate.
Pourquoi on l’aime : Dans les quartiers modernes d’Oulan-Bator, des gratte-ciels grandissent et les sentiments des protagonistes aussi. A coups de couleurs douces et d’élégantes compositions, la réalisatrice d’Un jeune chaman transforme le quotidien d’un couple en plein déménagement en chorégraphie urbaine en filigrane sous un ciel plus immense que partout ailleurs.



 Unleaded 95 | Emma Hütt & Tina Muffler (Autriche)
L’histoire : Aino célèbre son enterrement de vie de jeune fille. Toni travaille à la station-service et a eu une courte relation avec Aino. Lolly a déménagé, mais couche toujours avec la mère d’Aino lorsqu’elle revient dans sa ville natale.
Pourquoi on l’aime : Boire ou conduire, pourquoi choisir ? Le chaos, l’ivresse, les plans culs interdits et l’envie de casser la gueule à des mecs s’entrechoquent dans cette comédie dingue et dangereuse située dans une station service uniquement peuplée de lesbiennes. Un sens jubilatoire de la provocation et des coups de virages imprévisibles font de ce court l’un des sommets fous de cette édition de Locarno.


Nicolas Bardot & Gregory Coutaut

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