Festival des 3 Continents 2025 : notre bilan

Le Festival des 3 Continents s’est achevé ce samedi et était à suivre sur Le Polyester. Bilan de cette 47e édition.

Malgré la fragilisation due aux coupes budgétaires brutales (de la région, puis du département), la 47e édition du Festival des 3 Continents a atteint une fréquentation record de 23000 spectatrices et spectateurs. Parmi elleux, un jeune public nombreux venu découvrir des classiques égyptiens ou des œuvres sri-lankaises méconnues – le festival poursuit ainsi son précieux rôle de transmission et d’éducation à l’image, là où les sinistres décisions politiques continuent de considérer la culture comme non-essentielle. Les 3 Continents ont réussi à maintenir la richesse défricheuse de sa programmation : on ne peut que l’applaudir.


The World of Love

La Montgolfière d’or du meilleur long métrage est allée au beau film de la Coréenne Yoon Ga-eun, The World of Love. Ce drame sur les violences sexuelles et la libération de la parole parvient à trouver un point de vue inédit, articulé de manière à la fois subtile et généreuse. Actuel gros succès au box-office coréen, ce film qui peut s’adresser à un large public est pour le moment, à notre connaissance, sans distributeur en France. Parmi les autres temps forts de cette compétition figure le documentaire The Attachment où le Sénégalais Mamadou Khouma Gueye filme une banlieue de Dakar peu à peu effacée par le tracé d’un Train Express Régional. Ce long métrage a reçu le prix du public. Remarqué en début d’année à la Berlinale, l’élégant El Mensaje de l’Argentin Iván Fund a lui reçu une mention spéciale du jury. Ce long métrage parvient à trouver une voix singulière pour composer un surprenant portrait familial au fil d’un roadtrip.


Pushing Hands

Le festival a consacré une rétrospective au réalisateur taïwanais Ang Lee. Lee occupe une place spéciale dans le paysage du cinéma contemporain : peu de cinéastes en activité ont une filmographie aussi éclectique, allant du drame à la comédie, de l’adaptation de Jane Austen au film de super héros, du western au film d’espionnage, du wu xia pian à la science-fiction. Il est également l’un des réalisateurs les plus primés : deux Ours d’or (pour Garçon d’honneur et Raison et sentiments), deux Lion d’or (pour Brokeback Mountain et Lust, Caution), deux Oscars de la meilleure mise en scène (pour Brokeback Mountain et L’Odyssée de Pi). Si ses films sont largement identifiés par le public, le festival a été l’occasion de redécouvrir le plus rare Pushing Hands, son premier long métrage réalisé en 1991.


Ciel d’enfer

Quelques semaines avant le centenaire de sa naissance, le cinéaste égyptien Youssef Chahine a fait l’objet d’un hommage à travers huit films traversant six décennies. Parmi les œuvres sélectionnées figurait l’un de ses films les plus populaires, Gare centrale, réalisé en 1958. Youssef Chahine fait le portrait choral de laissé.es-pour-compte de la société (ouvriers exploités, filles légères, fou) dans un film à l’énergie spectaculaire. Le cinéaste y orchestre avec talent la rencontre du néo-réalisme italien et du film noir hollywoodien dans une gare du Caire. Autre merveille, réalisé quelques années auparavant, Ciel d’enfer (en compétition à Cannes en 1954) est un généreux mélodrame aux sentiments plus grands que nature, qui révèle un jeune acteur dont la présence à l’écran est incandescente : Omar Sharif.


Changement au village

Du côté des découvertes qu’on ne peut voir qu’aux 3 Continents, le festival proposait cette année un focus sur l’âge d’or du cinéma sri-lankais. Ce programme mettait notamment à l’honneur le grand cinéaste national, Lester James Peries. Décédé en 2018 à presque 100 ans, Peries reste relativement méconnu en France et avait fait l’objet d’une attention particulière lors de la sortie en 2003 de son avant-dernier film, Le Domaine. Parmi les œuvres diffusées au festival, citons le beau drame sentimental et politique Changement au village, adaptation littéraire qui est considérée comme l’un des grands classiques du cinéma sri-lankais. Signalons également la fable fantastique Le Trésor, drame intransigeant à la superbe mise en scène, dont le héros est un héritier déchu prêt à sacrifier son épouse pour retrouver la fortune. Cette redécouverte du cinéma sri-lankais était aussi l’occasion d’un autre fil rouge avec plusieurs films mettant en scène la star Malini Fonseka, disparue au printemps dernier.


Macho Dancer

Les raretés étaient aussi présentes dans les séances spéciales du festival. La redécouverte du cinéma du grand réalisateur philippin Lino Brocka se poursuit avec la version restaurée de Macho Dancer, réalisé en 1988. De la fantaisie érotique au sombre drame social en passant par le polar, Macho Dancer suit le parcours d’un travailleur du sexe à Manille. Le film est un excitant mélange de genres ; voilà du cinéma populaire ambitieux dans lequel on remarque notamment la présence d’une jeune Jaclyn José, primée il y a quelques années à Cannes pour Ma’Rosa. Ce film sera prochainement réédité en salles par Carlotta. Autre rareté : le drame costumé L’Arche, réalisé par la première femme cinéaste hongkongaise, T’ang Shushuen. Cette romance contrariée sur une veuve qui s’éprend d’un cavalier qu’elle héberge semble en apparence classique mais elle est portée par des partis-pris de mise en scène modernes et surprenants. La superbe photographie est signée de l’Indien Subrata Mitra, collaborateur régulier de Satyajit Ray.

A noter que les films primés lors de cette édition seront repris à Paris, au cinéma l’Arlequin, du 7 au 11 janvier 2026. Retrouvez notre couverture du festival.

Nicolas Bardot

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