Qusay et Nabil, deux amis syriens de longue date vivant en exil, réfléchissent ensemble à leur histoire commune de résistance et de survie.
Why Do I See You in Everything ?
Belgique, 2026
De Rand Abou Fakher
Durée : 1h10
Sortie : –
Note : ![]()
RESTER VIVANT
« Ce qui me dérange le plus, c’est le silence de l’humanité ». Voilà des propos entendus dans Why Do I See You in Everything ? réalisé par la Syrienne Rand Abou Fakher, et dévoilé en première mondiale au Festival de Rotterdam. Dans ce documentaire hybride, la cinéaste fait le double portrait de Qusay et Nabil, deux amis syriens, tous les deux en exil. Why Do I See You in Everything ? est, à son échelle, une manière de briser ce silence – mais le sentiment d’impuissance est fort dans le long métrage. On peut assister à une manifestation contre le pouvoir en Syrie, filmée au téléphone en 2011. Elle a beau être pacifiste, celle-ci est réprimée. Il y a la répression là-bas, mais aussi la répression qui peut suivre jusqu’en Allemagne aujourd’hui, et dont l’objet est le génocide en cours en Palestine.
Comment vivre dans ce chaos perpétuel ? Des souvenirs pixelisés aux images nettes des violences de nos jours, la boucle semble aussi inarrêtable que vertigineuse. Comment ne pas perdre courage ? Why Do I See You in Everything ? examine le présent, envisage le futur, et se plonge dans le passé. Les oliviers fonctionnent ici comme une madeleine, évoquent un lieu d’appartenance pour les déracinés. « Il y a plus de flics dans ce pays que d’air que l’on respire » regrette t-on, et les effusions poétiques de Why Do I See You in Everything ? fonctionnent alors comme de fragiles refuges.
Le film nous semble parfois confus dans sa construction, mais trouve néanmoins un point de vue précieux et relativement rare. Il y a beaucoup de place laissée à la tendresse dans Why Do I See You in Everything ?, une tendresse qui semble être une réponse toute naturelle à la déshumanisation dont souffrent les populations arabes, et en particulier les hommes arabes. « Pas d’échappatoire à cette masculinité déformée ? », craint-on à haute voix dans le documentaire. C’est aussi comme ça que l’on peut raconter le conflit et ses victimes : par les étreintes et les caresses, cette force que représente l’expression des sentiments – preuve que l’on est encore humain et encore vivant.
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par Nicolas Bardot
