César 2026 | Entretien avec Rand Beiruty

Présélectionné au César du meilleur court d’animation, Shadows de la Jordanienne Rand Beiruty est un documentaire animé qui raconte l’histoire d’Ahlam, adolescente mère ayant fui l’Irak. La cinéaste met en scène son témoignage en une flamboyante explosion de couleurs. Les transparences sensibles et les silhouettes vibrantes apportent une élégance particulière à cette belle découverte. Rand Beiruty est notre invitée.


Pouvez-vous nous parler de votre désir de réaliser un documentaire par le biais de l’animation ?

Shadows raconte une histoire fragile et tendre, mettant en scène une protagoniste mineure. L’animation nous a permis de nous concentrer sur le monde intérieur d’Ahlam tout en protégeant sa vulnérabilité. Elle nous a offert une forme capable de contenir la mémoire, la peur et l’imagination sans l’exposer.



Shadows est flamboyant et rempli de couleurs, comment avez-vous travaillé sur cet aspect particulier de votre film en contraste avec ses thématiques sombres ?

Les couleurs suivent les indices émotionnels de l’histoire. À un niveau, la richesse des couleurs nous rappelle que la voix que nous entendons est celle d’un enfant. En même temps, le traumatisme n’est pas toujours sombre ; il peut coexister avec la beauté et la tendresse. Comme dans la vie, la lumière et l’obscurité existent en même temps. Notre coloriste, Ambre Decruyenaere, a fait un travail magnifique pour traduire cette sensibilité à l’écran.



Pouvez-vous nous parler de votre utilisation de l’animation en 2D et de l’émotion qu’elle transmet pour vous ?

J’adore l’animation 2D, et cela m’a semblé être l’approche idéale pour Shadows. Elle peut être fragile et avoir un côté visible, tout comme l’histoire elle-même. C’est-à-dire que les lignes visibles et les imperfections traduisent la vulnérabilité et créent de l’intimité. Elle n’écrase pas le spectateur mais l’invite à se rapprocher. Ce côté « à plat » résiste également au spectacle, ce qui me paraissait important compte tenu du sujet. Sur le plan visuel, Shadows place le public à l’intérieur du monde intérieur d’Ahlam. L’animation permet à la réalité quotidienne de l’aéroport de se transformer et de s’élargir, laissant place à des images qui portent ses émotions, ses souvenirs et ses peurs.



Shadows traite du thème de la migration à travers une approche très intime. Comment avez-vous abordé ce sujet lors de la préparation du film ?

J’ai commencé par le monde intérieur d’une personne plutôt que par la « migration » en tant que sujet. La préparation portait sur la confiance et l’écoute attentive, et sur le respect des limites. Je me suis concentrée sur ma compréhension (et ma traduction personnelle) de la manière dont Ahlam aurait pu ressentir ces moments émotionnellement, plutôt que sur l’explication détaillée de son histoire ou la transformation de celle-ci en un exposé sur ce sujet.



Qui sont vos cinéastes de prédilection et/ou qui vous inspirent ?

Il y a beaucoup de cinéastes qui m’inspirent, souvent pour différentes raisons. L’un de mes films préférés de tous les temps est Close-Up d’Abbas Kiarostami. Je l’ai découvert quand j’étais jeune et j’ai été frappée par la manière dont Kiarostami brouille la frontière entre fiction et documentaire sans chercher à résoudre cette tension. Plus généralement, je suis attirée par les cinéastes qui travaillent avec ambiguïté et soin, et qui font confiance au public pour accueillir la complexité plutôt que de donner des réponses claires.



Entretien réalisé le 15 janvier 2026 par Nicolas Bardot.


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