La vie dans une cité dystopique filmée par une équipe de tournage : voilà la réalité immersive dans laquelle Acid City nous invite. Présenté en compétition au Festival de Rotterdam, ce court métrage d’animation des Américains Jack Wedge et Will Freudenheim est riche d’un imaginaire romanesque, d’un design surprenant et d’une énergie grisante. Acid City est un envoûtement nocturne et rayonnant que nous présente son co-réalisateur, Jack Wedge.
Comment vous y êtes-vous pris pour mêler le vrai/faux documentaire au monde fictionnel d’Acid City ?
La plupart de ce qu’on entend dans le film provient d’interviews authentiques à New York que j’ai réalisées sur une période d’environ deux ans. Il était important pour nous d’inclure de vraies personnes dans le film. Cela donne à la ville une atmosphère qu’on ne peut pas simuler. Les enregistrements sur le terrain avec le microphone directionnel contribuent également à ce style documentaire brut et désordonné. Deux ou trois des interviews proviennent de personnages fictifs que nous avons inventés et que des acteurs ou connaissances ont interprétés. Mon professeur de yoga, Carlos, est la voix de l’un de ces personnages, et c’est aussi un vieil ami de la famille.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre choix d’avoir des personnages aux design très hétéroclite ?
Le design des personnages vient d’un mélange de mes propres dessins ainsi que de personnes réelles que je trouvais inspirantes ou intéressantes visuellement. Je dessine beaucoup depuis que je suis enfant et j’ai développé un style assez unique. J’ai commencé à travailler avec l’animation 3D à l’université et j’ai été surpris de voir à quel point le style 2D se transposait facilement dans le travail en 3D. Il y a, je suppose, une nature universelle dans l’apparence de quelqu’un. Je collectionne les personnages que je rencontre dans le monde et les intègre dans mon travail.

La voix d’Anne Twomey apporte quelque chose de très enveloppant à la narration d’Acid City. Comment avez-vous souhaité utiliser la voix-off dans votre court métrage ?
Nous savions que l’idée du film aurait besoin d’une sorte de structure ou de guide. Je regardais beaucoup de films de Chris Marker. Je voulais que la narration donne un peu l’impression d’une correspondance ou d’un journal. Herzog a toujours été une grande source d’inspiration, Les Villes invisibles d’Italo Calvino également. Je voulais que le film ait l’air objectif, comme si on s’était contenté d’allumer la caméra et d’enregistrer ce qui était déjà là, sans donner trop de place aux opinions ou aux émotions de cette équipe de tournage fictive. Ce n’est qu’à la toute fin que le film devient beaucoup plus émouvant et poétique.

Vous utilisez des couleurs spectaculaires et chaleureuses dans Acid City, ce qui contraste avec ce à quoi on peut être habitué dans les récits dystopiques. Pouvez-vous nous parler de ce point en particulier ?
La couleur provient d’un mélange de nombreuses références différentes. Les actualités étaient probablement la référence principale, mais d’autres influences incluaient des films et des artistes que nous admirons. Acid City est composé de nombreuses vraies villes à travers le monde : New York, Karachi, Delhi, Tokyo, Dhaka, Taipei. New York en particulier a été un moteur énorme derrière le film, car c’est de là que nous venons. Comme nous travaillons avec l’animation 3D, nous avons un contrôle considérable sur la composition et l’image. Le résultat est un mélange qui recontextualise de vraies perspectives et personnalités dans un monde animé vaste et surréaliste.

Qui sont vos cinéastes de prédilection et/ou qui vous inspirent ?
Terrence Mallick, Ridley Scott, Masaaki Yuasa, Werner Herzog, Chris Marker, Katsuhiro Otomo, Kleber Mendonça Filho, Federico Fellini.
Entretien réalisé par Nicolas Bardot le 15 janvier 2026. Un grand merci à Luce Grosjean.
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